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God Save The Queen – Sex Pistols : semaine du Jubilé, interdite, bloquée à la deuxième place

Une pochette argent, une interdiction de la BBC, un blanc au hit-parade

La chanson ne naît pas pendant la semaine du Jubilé. Écrite en 1976 sous le titre No Future, elle devait sortir en mars 1977 chez A&M. Le label lâche le groupe au bout de dix jours. Quelques pressages A&M survivent et deviennent chers. Virgin sort le single le 27 mai 1977, référence VS181, pochette bleu et argent aux couleurs du Jubilé d’argent, la reine de Jamie Reid avec une épingle à nourrice dans la lèvre. La face B est Did You No Wrong. Enregistré en mars 1977 à Wessex, à Londres, Chris Thomas à la production, Bill Price à l’ingénierie. Chant : Johnny Rotten. Guitare et basse : Steve Jones. Batterie : Paul Cook. Sid Vicious a déjà remplacé Glen Matlock et ne joue pas sur la prise finale. Le crédit d’auteurs inclut encore Matlock, qui était dans le groupe quand la chanson a été construite.

Le texte traite la monarchie de régime fasciste et la reine de « no human being », puis répète qu’il n’y a pas d’avenir dans le rêve anglais. Le 31 mai, la BBC l’interdit. Charles McLelland, patron de Radio 2, parle de très mauvais goût. Des magasins, dont Woolworths, refusent de le vendre. Le député travailliste Marcus Lipton déclare que si la pop doit servir à détruire les institutions, il faut la détruire d’abord. Rien de tout ça n’arrête les boutiques qui, elles, le vendent. Le single entre au classement officiel le 4 juin 1977 et culmine à la deuxième place le 11 juin, derrière I Don’t Want to Talk About It de Rod Stewart. Il reste neuf semaines. Malcolm McLaren et le groupe soutiennent que le hit-parade a été truqué, que les ventes des magasins Virgin ont été écartées, qu’ils ont vendu plus que Stewart. Le pic officiel reste 2. Pendant une quinzaine, le disque est partout et, sur certains classements imprimés, un blanc à la place du titre.

Le 7 juin, semaine du Jubilé, le groupe joue un set court sur un bateau, le Queen Elizabeth, sur la Tamise, en vue du Parlement. Anarchy in the U.K. et God Save the Queen en font partie. La police monte à bord. McLaren est parmi les arrêtés. Le groupe, non. Julien Temple filme. Les images du fleuve deviennent la photo qu’on colle au single. Le disque lui-même est la prise de mars à Wessex : la guitare de Jones en overdubs empilés, la caisse claire de Cook, Rotten qui livre le refrain comme un chant de stade et une menace en même temps.

On n’écrit pas God Save the Queen parce qu’on déteste le peuple anglais. On écrit une chanson comme ça parce qu’on l’aime, et qu’on en a assez de le voir maltraité.

(John Lydon)

Le classement fait l’inverse du mythe. Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols, sorti le 28 octobre 1977, remet le single dans un album et arrive numéro un. Paul Cook appellera plus tard God Save the Queen le sommet, et dira qu’ensuite tout a tourné au vinaigre. La tournée américaine et la fin au Winterland en janvier 1978, c’est le vinaigre. Le single est le pic : une chanson, une interdiction, un bateau, une deuxième place dont le pays a plus parlé que de la première.

L’enregistrement à écouter est le master Virgin de 1977, pas une campagne de remaster plus tardive. La basse de Jones, parce que Sid n’est pas dessus. Le refrain, parce que l’interdiction portait sur ces lignes. Si vous voulez le jour lui-même, les images de la Tamise sont le document. La chanson est plus courte que sa légende, et c’est pour ça qu’elle tient encore : trois minutes, un titre d’hymne volé, et une place au classement que les journaux ne voulaient pas imprimer.

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