Absolutely, Stiff, novembre 1980 : la lettre familiale de Lee Thompson
Le 14 novembre 1980, Madness sort Embarrassment chez Stiff Records (BUY 102). La face B est Crying Shame. Le morceau figure sur leur deuxième album Absolutely. Clive Langer et Alan Winstanley le produisent. Mike Barson compose la musique ; le saxophoniste Lee Thompson écrit le texte. Le single reste douze semaines au classement britannique, culmine à la 4e place en décembre et est certifié disque d’or. Il atteint aussi la 4e place en Irlande et la 2e du Dutch Top 40.
Cuivres et piano frappent fort dès l’ouverture, puis le rythme ska se pose sous la voix de Suggs. L’histoire est nette : une adolescente reçoit une lettre qui lui interdit la porte de famille. Oncles, tantes, père et mère la rejettent parce qu’elle est enceinte d’un homme noir. Thompson l’écrit après le rejet subi par sa sœur Tracy. Madness remplit déjà les pistes de danse en Nutty Boys ; ici le rebond porte un verdict familial froid plutôt qu’un sketch comique.
Le clip est tourné à l’Embassy Club de Londres les 7 et 8 novembre 1980. Suggs est assis dans un bar sombre pendant que le groupe joue des cuivres autour de lui. Langer et Winstanley remixent le single par rapport à la version album en gardant la même durée, environ trois minutes dix. En concert, le groupe joue le titre depuis avril 1980, des mois avant le 45 tours. Absolutely contient aussi Baggy Trousers, le tube comique de l’année ; Embarrassment prouve que la même formation peut placer un top 5 avec une intrigue familiale sombre. Stiff presse BUY 102 alors que Madness devient habitué de Top of the Pops ; le clip de l’Embassy Club garde les visages familiers pendant que le texte refuse le tour de chant fantaisie.
Comment montrer ta figure quand tu es une honte pour le genre humain ?
(Paroles de Lee Thompson, Embarrassment, 1980)

Vingt-cinq ans plus tard, le BBC Magazine revient sur le titre et sur la vie de Tracy : les mentalités ont bougé, et l’histoire privée derrière le tube ne colle plus à la honte décrite. À l’époque, Madness devait aussi gérer une frange skinhead violente qu’ils ne voulaient pas, malgré une position clairement antiraciste. Embarrassment rendait cette position audible sans discours sur la pochette. Thompson parlera plus tard ouvertement de l’histoire de Tracy ; le titre reste l’une des prises de position antiracistes les plus nettes dans une vague ska britannique que certains ont lue trop vite comme dessin animé.
Écoutez le single Stiff de 1980 ou la prise Absolutely. Laissez de côté le marketing remaster. Les cuivres, la mélodie de Barson et la lettre de Thompson à sa propre famille sont l’œuvre d’origine qui a atteint la 4e place en ayant l’air, pour une oreille radio distraite, d’un nouveau rebond Madness.