Le chagrin au volume de la boîte
Dancing on My Own est un disque de club qui refuse le mensonge habituel. La grosse caisse fait ce pour quoi on l’embauche, et le texte reste dans le coin à regarder quelqu’un d’autre avoir la nuit. Robin Miriam Carlsson, née à Stockholm le 12 juin 1979 et connue sous le nom de Robyn, avait déjà été une chanteuse pop adolescente avant de mériter cette contradiction. Robyn Is Here en 1995 et le single Show Me Love ont mis une Suédoise de dix-sept ans sur les radios américaines, avec un refrain de Max Martin et une voix plus brillante que ce que les chansons savaient encore en faire. La machine en voulait une autre du même genre. Elle, non.
Elle quitte le script des majors, fonde Konichiwa Records, et publie en 2005 Robyn, un album qui sonne comme une personne en train de reconstruire le studio autour de sa propre bouche. Be Mine! supplie sans se ratatiner. With Every Heartbeat, fait avec Kleerup et sorti en 2007, est le modèle qu’elle gardera: une ligne de synthé capable de remplir une salle, et un chant qui ne prétendra pas que la salle a réglé quoi que ce soit. La pop suédoise autour d’elle, l’usine Cheiron, les vagues suivantes de dance mélancolique, doivent quelque chose à la décision qu’une phrase triste peut s’asseoir sur un beat four-on-the-floor sans être sauvée par lui.
Body Talk, en 2010, assemblé à partir d’une série de publications courtes, est le disque qui rend la méthode impossible à manquer. Dancing on My Own, Hang with Me, Call Your Girlfriend, Indestructible: chacun est un conseil livré à un volume qui ne correspond pas au conseil. Appelle la petite amie. Reste avec moi. Danse quand même. Elle coécrit, elle garde des productions assez dépouillées pour que la voix reste devant, et elle refuse la trappe de la power ballad. La solitude n’est pas un pont vers un refrain plus heureux. Elle est le refrain.
La rupture avec l’ancien script a été un album que le marché américain a à peine vu. My Truth, en 1999, se tourne vers l’intérieur, et la suite que le label voulait n’était pas celle qu’elle écrivait. Konichiwa a été la réponse pratique: une maison assez petite pour qu’une phrase triste n’ait pas à être retravaillée en sourire. Body Talk est arrivé en trois chapitres courts au long de 2010 avant l’ensemble, une façon de refuser le produit annuel unique. Fembot et Don’t Fucking Tell Me What to Do sont des blagues avec une lame. Plus tard, Do It Again avec Röyksopp en 2014 l’emmène dans une salle électronique plus sombre sans lui demander de devenir la voix invitée de quelqu’un d’autre. Elle a toujours sonné comme la personne qui avait réservé la session.
Elle a fait des années entre les albums une partie de la forme. Des collaborations avec Röyksopp, un passage par des salles électroniques plus dures, puis Honey en 2018, plus doux, plus étrange, intéressé par le désir après les hymnes. Missing U et Honey bougent comme le miel, c’est-à-dire lentement et avec intention. Le culte autour d’elle n’est pas une histoire d’excès. C’est l’histoire d’une chanteuse qui a traité la piste comme un endroit où l’on peut dire la vérité à un volume pour lequel les gens restent vraiment. Des stars pop ont emprunté le tube triste. Moins nombreux ont emprunté l’indépendance du label, ou la volonté de laisser un disque prendre huit ans si le sentiment n’était pas prêt.
On met Dancing on My Own dans une pièce qui n’est pas un club et le morceau fait encore le travail. Le beat invite. La phrase décline. Ce double mouvement est toute la carrière: une voix de Stockholm qui a appris jeune la machine à tubes, puis a gardé la machine et changé ce qu’elle avait le droit de dire. La piste, dans ses chansons, n’est pas le mensonge. Elle est le témoin.