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A Saucerful Of Secrets – Sortie de Barrett, entrée de Gilmour, collage Hipgnosis

Barrett sort, Gilmour entre, collage Hipgnosis

A Saucerful of Secrets sort en juin 1968 (EMI Columbia UK ; Tower US), deuxième album studio de Pink Floyd. L’enregistrement s’étire d’août 1967 à avril 1968 à Abbey Road avec Norman Smith. David Gilmour rejoint le groupe début 1968 ; un temps, la formation live inclut Gilmour et Syd Barrett avant le départ définitif de Barrett. Sur le disque fini, Barrett figure sur Remember a Day, Set the Controls for the Heart of the Sun et son adieu Jugband Blues. C’est le seul LP studio Floyd où les cinq membres de l’ère classique sont crédités sur les sessions.

La musique quitte le whimsy de The Piper at the Gates of Dawn pour des pièces plus longues, plus architecturales. Waters et Mason dessinent le titre éponyme comme un diagramme dynamique avant d’y coller la musique. Set the Controls for the Heart of the Sun, paroles de Waters tirées de poésie chinoise et batterie de Mason aux maillets, devient un pilier live jusqu’à l’ère Pompéi. Let There Be More Light et Corporal Clegg gardent la couleur psychédélique ; See-Saw (Wright) adoucit la face B avant l’adieu fracturé de Barrett.

Hipgnosis signe la pochette, collage céleste et surréaliste qui ouvre le langage visuel que Floyd affinera ensuite. Au classement, l’album atteint la 9e place UK. Sur scène, le groupe étire la suite titre et Set the Controls en improvisations, pont entre la psychédélie du UFO Club et les épiques de concert du début des années 70. Remember a Day garde la voix de clavier nostalgique de Wright des années Barrett, tandis que Corporal Clegg ajoute kazoo et humour noir sur les médailles de guerre. La suite titre enchaîne sections calmes, chaotiques et quasi chorales qui annoncent les transitions Floyd plus tardives. Les pressages Tower US et Columbia UK diffèrent un peu, mais l’image Hipgnosis circule intacte et reste la première pochette pleinement surréaliste du groupe.

La production de Norman Smith garde la discipline Abbey Road de l’ère Beatles, même quand le groupe tire vers des structures plus libres. Cette tension, craft studio contre improvisation ouverte, est exactement ce qu’on entend entre l’ouverture très arrangée de Let There Be More Light et le milieu plus lâche de la suite titre.

On cherchait comment travailler sans Syd, et cet album est le son de cette recherche.

(David Gilmour / rétrospectives du groupe sur A Saucerful of Secrets)

Jugband Blues se ferme sur la lucidité brute de Barrett et un fragment de fanfare de l’Armée du salut, une fin volontairement inachevée. Le reste du disque appartient à Waters, Wright, Mason et Gilmour qui apprennent à porter le nom. Cet apprentissage nourrit Atom Heart Mother, Meddle, puis The Dark Side of the Moon.

Pour les auditeurs Floyd, A Saucerful of Secrets est l’album charnière : dernière empreinte studio de Barrett et première de Gilmour, structures space-rock à la place de la psychédélie nursery, Hipgnosis ouvrant le livre visuel.

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