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Bitter Sweet Symphony – The Verve

Une boucle de cordes qui a facturé le chanteur

Les cordes n’entrent pas. Elles marchent déjà, une boucle qui boite, digne et un peu cruelle. Richard Ashcroft arrive derrière elles comme un homme qui a accepté d’être filmé sans s’arrêter. Bitter Sweet Symphony, le coup d’envoi d’Urban Hymns en 1997, est un hymne à la corvée ordinaire qui refuse de sonner ordinaire. Tu es esclave de l’argent, puis tu meurs. La ligne deviendra une blague à ses dépens. Il ne le sait pas encore. Le groove est une marche qu’on ne peut pas décliner.

La boucle est un enregistrement de l’Andrew Oldham Orchestra sur The Last Time des Rolling Stones, arrangé par David Whitaker au milieu des années soixante, une version symphonique que les Verve ont licenciée puis, aux yeux d’ABKCO d’Allen Klein, trop librement utilisée. Le groupe et le producteur Youth, Martin Glover, construisent le morceau aux Olympic Studios de Londres, Ashcroft écrivant une mélodie vocale et un texte que le sample ne contenait pas. La guitare de Nick McCabe est presque un fantôme ici. La section rythmique, Simon Jones et Peter Salisbury, se cale sur la boucle comme si l’orchestre était un batteur. Quand le single devient un tube, les avocats finissent l’arrangement. L’édition va à ABKCO. Jagger et Richards sont crédités. La phrase amère d’Ashcroft, que c’était la meilleure chose que ces deux-là aient écrite en vingt ans, n’était pas un compliment. C’était une blessure avec une chute.

Le clip de Walter Stern est l’autre composition de la chanson. Ashcroft à Hoxton, bousculant le trottoir de l’épaule, sans casser le pas pour personne. Cela ressemblait à de l’arrogance et se jouait comme une fatalité. La Grande-Bretagne place le single au numéro deux. L’Amérique, qui avait ignoré les Verve, a soudain un visage pour la grandeur fatiguée de la décennie. Sur scène la boucle est rejouée par de vraies cordes ou par le muscle du groupe, et Ashcroft la chante comme si la rue était encore sous lui. Le disque reste dans les films, les pubs, le sport, un morceau de météo que les gens utilisent sans lire les crédits. Les crédits étaient le scandale.

La meilleure chanson que Jagger et Richards aient écrite en vingt ans.

(Richard Ashcroft, 1997, sur le conflit de crédits)

En 2019, Jagger et Richards rendent leur part. Le geste ne réécrit pas 1997. Il admet seulement qu’un sample n’est pas une chanson, et que la voix, le texte et la marche appartenaient à l’homme à qui on avait dit le contraire. Urban Hymns devient le monument des Verve et leur fin. Ce morceau est la porte du monument, ornée et judiciaire, qui bourdonne encore. Écoutez sans l’histoire et vous entendez un homme qui essaie de décrire une vie qui ne le consulte pas. Écoutez avec l’histoire et les cordes sonnent comme une facture.

Ce qui reste, c’est la boiterie de cet orchestre, le bout de l’arrangement de Whitaker qui ne voulait pas se tenir droit, et la voix d’Ashcroft qui refuse de s’y asseoir. Bitter Sweet Symphony est douce dans l’air et amère dans la paperasse. Le trottoir du clip a été refait. La marche, non. Certaines chansons sont volées et s’effacent. Celle-ci a été taxée, et a continué quand même.

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