Une leçon d’orthographe avec une section de cuivres
Le groupe frappe, et elle est déjà devant eux, le piano dans la main gauche de l’arrangement, la voix sans aucun doute. Respect ne demande pas. Il inventorie ce qu’elle a, ce dont il a besoin, et le petit reste qu’elle accepte de négocier, c’est-à-dire rien. Puis ses sœurs, Carolyn et Erma, lancent le sock-it-to-me, et le mot lui-même est épelé, lettre par lettre, comme si le studio était devenu une école où la leçon est la dignité et les devoirs sont immédiats. Otis Redding a écrit la plainte d’un homme. Aretha Franklin est entrée avec la plainte retournée et le groove serré jusqu’à ce que l’original ne puisse plus reprendre sa chanson.
Elle l’enregistre le 14 février 1967 aux Atlantic Studios de New York, produit par Jerry Wexler, ingénierie de Tom Dowd, pour I Never Loved a Man the Way I Love You. Les musiciens de Muscle Shoals montés au nord sont dans la pièce, King Curtis au saxophone, Franklin au piano, l’arrangement déjà fini dans sa tête avant le voyant rouge. Wexler a dit qu’il n’avait rien à lui apprendre sur le phrasé. Redding passe au bureau avant le single, sorti en avril, et entend la bande. Il dit qu’elle a pris sa chanson. Il le dit, a écrit Wexler, avec bienveillance et regret. Il savait que l’identité glissait de lui vers elle. À l’été c’est un numéro un, et à Monterey il la présente comme celle qu’une fille lui a prise.
En concert, l’épellation est une communion. Les salles attendent les lettres. Franklin pouvait sourire dedans ou brûler dedans. L’exigence ne s’est pas adoucie avec le tube. Elle s’est élargie : un texte domestique, un texte sexuel, et, sans discours ajouté, un texte public. Des gens qui n’avaient jamais été dans son mariage ont entendu leur nom dans le refrain. Ce n’est pas un accident de réception. C’est ce qu’une grande chanteuse fait à un pronom.
She done took my song.
(Otis Redding to Jerry Wexler, 1967, recalled in Rolling Stone, 2004)
Wexler a plus tard appelé le disque un appel à la dignité combiné à une lubricité franche, ce qui est la façon d’un producteur d’admettre que la chanson ne tiendra pas dans un seul tiroir. Le sock it to me est l’ajout de Franklin, pas de Redding, et il change la température, de la supplique à l’ordre. Les cuivres ne décorent pas l’ordre. Ils le font marcher. Deux minutes et demie, et une dispute de décennie sur qui doit quoi à qui a un hook. Les reprises depuis ont surtout salué. Le salut est juste. On peut chanter les notes. On ne peut pas chanter la possession.
Ce qui reste, c’est l’épellation, enfantine et absolue. R-E-S-P-E-C-T est un moyen mnémotechnique et une ligne dans le sable. Respect lance encore des danses et des disputes, souvent dans le même bar. L’homme qui l’a écrit a reconnu le vol et, selon Wexler, n’a pas prétendu que c’était encore à lui. Cette grâce fait partie de l’histoire du disque. La voix est le reste. Elle ne partage pas.