Bienvenue dans le monde des chroniques objectivement subjectives
 

Public Enemy – Une sirène dans l’oreille du pays

Le bruit arrangé comme un argument

Une sirène, une boîte à rythmes, une voix qui ne demande pas à être aimée. Long Island au milieu des années quatre-vingt n’est censé être la capitale de rien, et c’est pour cela que Public Enemy peut y bâtir une capitale. Chuck D, Carlton Ridenhour, a un baryton qui sonne comme une sono qui a décidé de dire la vérité. Flavor Flav, William Drayton, est l’horloge autour du cou et l’interruption qui empêche le sermon de devenir un cours. Derrière eux la Bomb Squad, Hank Shocklee, Keith Shocklee, Eric Sadler, empile les samples jusqu’à ce qu’un beat soit une dispute de rue. Terminator X coupe. Les S1W se tiennent en formation. Professor Griff dirige la sécurité et, un temps, l’idéologie. Def Jam, Rick Rubin, Bill Stephney : le label comprend qu’il a un groupe qui est aussi une manchette.

Yo! Bum Rush the Show en 1987 est la porte enfoncée une fois. It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back, sorti en 1988, est la porte ôtée du cadre. Bring the Noise, Don’t Believe the Hype, Rebel Without a Pause, Black Steel in the Hour of Chaos. Les samples se heurtent exprès. Un grognement de James Brown, une sirène, un discours, une guitare qui sera peut-être Anthrax plus tard et qui est déjà une texture. Chuck écrit en phrases entières et les livre comme des alertes météo. Les interventions de Flav ne sont pas un divertissement. Elles sont l’échelle humaine, l’homme qui dira yeah boy pour que la thèse puisse respirer. L’album est politique sans être un pamphlet, parce que le son est trop physique pour rester assis sur une page.

Spike Lee a besoin d’une chanson pour Do the Right Thing en 1989 et demande quelque chose qui puisse tenir un été de Brooklyn. Fight the Power est la réponse, puis une version plus pleine ancre Fear of a Black Planet en 1990. Le texte nomme des noms. La piste est une marche qui marche aussi en voiture. Elvis est congédié dans un couplet que les lycées débattront pendant des décennies. Le point n’est pas le couplet. Le point est un groupe noir qui revendique le centre de la pop américaine sans se traduire en confort. La radio est nerveuse. Le disque ne négocie pas. 911 Is a Joke laisse Flav mener, et la blague n’en est pas une. Brothers Gonna Work It Out garde la sirène dans l’oreille du pays.

La même année le groupe apprend ce que coûte une manchette quand ce n’est pas celle qu’ils ont écrite. Les propos de Professor Griff dans une interview de 1989 sont antisémites, indéfendables, et publics. Il part, revient dans un rôle changé, repart. Chuck condamne les remarques et le groupe reste marqué, ce qui arrive quand un collectif parle d’une seule voix et qu’un membre s’en sert mal. La musique n’a pas de passe-droit, et elle ne disparaît pas. Apocalypse 91… The Enemy Strikes Black est plus dur, plus guitare, Shut ‘Em Down, By the Time I Get to Arizona, une protestation contre un État qui ne voulait pas honorer Martin Luther King Jr. d’un jour férié. Anthrax rejoint une nouvelle version de Bring the Noise. L’alliance n’est pas un coup. C’est deux volumes qui se reconnaissent.

Les années quatre-vingt-dix et après sont une longue dispute avec leur propre monument. Muse Sick-n-Hour Mess Age en 1994 divise les fidèles. Flav devient un personnage de télévision, l’horloge toujours vraie, le contexte plus étrange. Chuck écrit des livres, donne des conférences, garde les archives, rappe quand la pièce le mérite. Terminator X se retire. DJ Lord entre. Les tournées continuent parce que les chansons ont été bâties pour des salles à mauvaise acoustique et à bonne colère. Les producteurs plus jeunes citent la Bomb Squad comme les guitaristes citent Page : une permission de faire signifier la densité.

Le culte de Public Enemy est civique. Ils ont fait un hip-hop qui supposait que l’auditeur pouvait suivre une pensée et un breakbeat en même temps. La production est un collage, mais le collage a une thèse. La voix de Chuck est le rare instrument qui gagne en autorité quand le mix monte. Flav l’empêche de devenir du marbre. Les S1W, même comme théâtre, insistent qu’un groupe de rap peut avoir l’air d’une unité plutôt que d’un ensemble de solistes qui attendent leur tour. Cette image surprend encore, parce qu’elle est organisée.

Posez le diamant sur Fight the Power et la pièce change de température. Ce n’est pas de la nostalgie. C’est du design. Une sirène est une alarme et une mélodie si on l’arrange. Public Enemy l’a arrangée, a nommé le pouvoir, et a laissé le disque là où le pays n’a pas tout à fait su le classer. Le classement n’est pas fini. La piste, si.

Share Post
No comments

LEAVE A COMMENT