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Metallica – La vitesse et la cicatrice

Quatre cavaliers et une route en Suède

Un bus sur une route suédoise, le 27 septembre 1986, avant l’aube. Le groupe s’appelle Metallica, la tournée s’appelle Damage Inc., et le bassiste, Cliff Burton, est tué quand le véhicule dérape et se retourne près de Ljungby. Il a vingt-quatre ans. L’album qu’ils jouent chaque soir, Master of Puppets, a six mois et déjà le statut d’un repère, et il a désormais une tombe à côté. James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett, et le côté vide de la scène devront décider si la vitesse peut continuer après une cicatrice. Ils décident que oui, ce qui n’est pas la même chose que décider que ce sera sans douleur.

La cicatrice a une préhistoire d’accélération. Ulrich, batteur danois à Los Angeles, passe une annonce. Hetfield répond. Dave Mustaine joue de la guitare avec une violence qui deviendra plus tard Megadeth après son renvoi en avril 1983. Ron McGovney tient la basse jusqu’à ce que Burton, de Trauma, accepte de rejoindre à condition que le groupe monte vers sa Bay Area. Hammett, d’Exodus, prend la chaise de lead. Kill ‘Em All, 1983, chez Megaforce, est le premier énoncé complet : Whiplash, Seek & Destroy, un premier album qui traite la vélocité comme une éthique. Ils l’enregistrent à Rochester, New York, assez jeunes pour croire qu’un riff peut être une personnalité. Ils n’ont pas tort.

Ride the Lightning en 1984, enregistré à Sweet Silence, Copenhague, avec Flemming Rasmussen, ajoute l’ombre. Fade to Black est une ballade qui ne s’excuse pas auprès du pit. For Whom the Bell Tolls, Creeping Death. La basse de Burton n’est pas un faire-valoir. Elle a sa propre mélodie, saturée, haute dans le mix, un instrument lead qui se trouve avoir quatre cordes. Master of Puppets, 1986, même studio, même producteur, est le sommet de cette formation. Le titre est une suite. Battery ouvre comme une porte soufflée vers l’intérieur. Orion est l’instrumental de Burton, le morceau que les endeuillés joueront parce qu’il a écrit la partie qui sonne comme une marche. Ils sont encore un groupe de thrash. Ils ne sont plus seulement un groupe de thrash.

Jason Newsted arrive après une audition qui, dira-t-il plus tard, ressemble à entrer dans une famille qui vient de perdre un frère. …And Justice for All en 1988 est long, sec, progressif, et fameusement mince en basse, une décision de mix que les fans poursuivent encore. One, avec son pont de mitrailleuse et sa vidéo de soldat brisé, gagne un Grammy et met le groupe à la télévision qui n’avait pas prévu de les recevoir. Puis Bob Rock, et l’album noir, Metallica, 1991, enregistré à One on One, Los Angeles. Enter Sandman, Sad but True, The Unforgiven, Nothing Else Matters. Les chansons sont plus lentes, plus larges, impossibles à éviter. Les puristes appellent ça une reddition. Les chiffres appellent ça une seconde langue apprise sans oublier la première. Seize millions d’exemplaires en Amérique n’est pas un événement discret.

Les années quatre-vingt-dix testent l’idée d’une bande. Load et Reload coupent les cheveux et gardent les riffs, et le public se divise. Newsted part en 2001. St. Anger en 2003 est le document d’un groupe en thérapie, caisse claire comprise, sorti au moment où Robert Trujillo arrive du groupe d’Ozzy et de Suicidal Tendencies pour compléter les quatre. Le film Some Kind of Monster montre les pièces laides derrière le volume. Survivre, ici, n’est pas un slogan. C’est une série de sessions qu’ils n’ont pas quittées. Death Magnetic en 2008, avec Rick Rubin, revient vers les formes longues. Hardwired… to Self-Destruct en 2016 et 72 Seasons en 2023 prouvent que l’atelier est encore ouvert. La guitare rythmique de Hetfield reste le moteur. La caisse d’Ulrich reste une dispute. Hammett joue encore comme un homme engagé pour apporter de la mélodie dans un feu.

Le culte de Metallica, devenu un stade sans démissionner du culte, est un culte de l’engagement. Ils répètent. Ils se battent. Ils sortent les bagarres en film et continuent de jouer. L’absence de Burton n’est pas une note de bas de biographie. Elle est audible chaque fois qu’Orion commence et que la basse doit être jouée par quelqu’un qui sait qu’il est un invité dans cette chanson. Newsted le savait. Trujillo le sait. Le respect fait partie du son.

La vitesse et la cicatrice. C’est toute l’histoire du début, et l’histoire d’après ne l’annule pas. De très jeunes hommes ont décidé que le metal pouvait être à la fois plus rapide et plus composé, puis ont perdu le membre qui faisait chanter la basse, puis sont devenus, malcommodément, énormes. Les riffs ne se sont pas rapetissés pour tenir dans la gloire. Ils sont devenus plus forts. La route en Suède est encore dans la musique. La décision de faire avancer le bus aussi.

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