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Led Zeppelin IV – Led Zeppelin

Quatre symboles et aucun nom sur la porte

En novembre 1971, Led Zeppelin sort un disque sans titre sur la pochette et sans nom de groupe sur la jaquette, comme si la musique en avait assez d’être présentée. Ce que le monde appelle Led Zeppelin IV arrive le 8 novembre, chez Atlantic, représenté par quatre symboles et la photo encadrée d’un homme plié sous un fagot. Robert Plant a trouvé cette image dans une brocante. Accrochée au mur qui s’écaille d’une maison déjà en démolition, elle devient la porte. Pas de logo. Pas de visages souriants. On vous invite à écouter avant de vous inviter à appartenir.

La musique a été faite l’hiver d’avant, surtout à Headley Grange, une maison de campagne froide dans le Hampshire, le studio mobile des Rolling Stones garé dehors. Jimmy Page produit. L’intérêt d’habiter là où l’on enregistre, c’est le temps : les arrangements peuvent être essayés, abandonnés, repris, sans une horloge de studio qui tousse dans le couloir. When the Levee Breaks trouve son son de batterie dans une cage d’escalier, John Bonham frappant comme si la maison était l’instrument. Black Dog transforme un riff en dispute avec le silence entre les phrases. Rock and Roll est le groupe qui se rappelle, et qui rappelle aux autres, que la vitesse est aussi une forme de joie. Sandy Denny entre dans The Battle of Evermore et la chanson devient un duo avec la vieille tradition des ballades, pas un costume.

Puis il y a Stairway to Heaven, huit minutes qui commencent comme une confidence folk et finissent comme une procession. Page la construit par sections. Le solo, gravé plus tard aux studios Island, ne décore pas tant la chanson qu’il n’ouvre la dernière porte. Autour, Going to California, Misty Mountain Hop, Four Sticks : un air acoustique, un shuffle lourd, une partie de batterie jouée avec quatre baguettes, deux dans chaque main, ce qui donne son nom à la chanson. Le quatrième album n’est pas une seule humeur. C’est une maison à plusieurs pièces, et le groupe vous fait confiance pour la traverser sans plan imprimé au-dehors.

After all we had accomplished, the press was still calling us a hype. So that is why the fourth album was untitled.

(Jimmy Page)

Atlantic juge qu’une pochette sans nom frôle le suicide commercial. Page veut la preuve inverse. Après Led Zeppelin III, une partie de la presse traite encore le groupe comme une rumeur bruyante. Une jaquette sans titre oblige la rumeur à passer par les enceintes. Le disque fait le reste. Il devient l’un des albums les plus vendus de l’histoire du groupe, et les symboles ne restent pas mystérieux longtemps : les fans les nomment, se disputent, et continuent de jouer les morceaux. La protestation marche parce que la musique n’a pas besoin de la protestation. Elle serait entrée dans la pièce de toute façon.

Jouez la première face au volume que la maison peut supporter, puis baissez pour les chansons acoustiques et remarquez que les mêmes quatre personnes sont dans les deux temps. C’est le culte de ce disque, plus que la mythologie. Le fort et le doux ne sont pas deux carrières. Ce sont deux portes dans le même couloir. Le vieil homme de la pochette continue de marcher sous son fagot. Le groupe, quelque part derrière le papier peint, fait la même chose avec un autre poids.

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