Un évangile écrit à Minneapolis
The Kid n’entre pas vraiment au First Avenue : il y explose. Purple Rain d’Albert Magnoli, sorti en juillet 1984, fait semblant d’être l’histoire d’un musicien de Minneapolis, de son père violent, de sa mère, d’un rival nommé Morris Day et d’une femme appelée Apollonia. C’est tout cela, en mince, et puis c’est mieux : un long métrage qui soutient que Prince and the Revolution étaient déjà un cinéma avant qu’on leur loue une intrigue.
Les chansons dirigent pour de vrai. Let’s Go Crazy ouvre l’église et la blague dans le même souffle. The Beautiful Ones est une reptation sur le sol que la caméra sait ne pas ranger. When Doves Cry, construit sans basse, Prince en jouant l’essentiel lui-même, sonne encore comme une pièce dont on a tiré les meubles pour laisser de la place au sentiment. Wendy Melvoin et Lisa Coleman ne sont pas des ornements. Dans le film comme dans le groupe, elles sont la pression qui le force à laisser d’autres mains sur les chansons. Purple Rain elle-même, ce long climat de guitare à la fin, est filmée comme un office. Les gens pleurent parce que l’accord le leur dit, pas parce qu’un scénario le souligne.
Morris Day et Jerome Benton, et The Time derrière eux, empêchent le film de se noyer dans sa propre meurtrissure. Ils sont drôles, nets, locaux, rappel que cette scène était une compétition, pas un sacre. Les scènes domestiques sont plus gauches. Un père qui frappe, un fils qui répète le geste, une rédemption qui arrive parce que le troisième acte en a besoin. Le film ne connaît pas la retenue, ce qui est à la fois sa mauvaise littérature et son honnêteté. Darling Nikki sera bientôt brandie par les parents qui voulaient des avertissements sur les disques. Prince avait déjà mis l’avertissement dans la chanson, et dansé quand même.
L’un des plus grands films de rock de tous les temps.
(Roger Ebert, Chicago Sun-Times, 1987)
Tourné dans les clubs et les rues qu’il utilisait vraiment, le film reçoit en 1985 l’Oscar de la partition originale, un prix qui a l’air administratif à côté de ce que l’année a fait sentir. L’album et le film ont occupé le même été. La pop, en 1984, pouvait encore être une dispute locale jouée pour tout le pays. The Kid apprend à partager le crédit. La leçon est mièvre. La musique qui la porte ne l’est pas. On sort en se souvenant de la guitare blanche plus que de la morale, ce qui est la façon dont la pop est censée faire passer ses morales.
Les films suivants de Prince ont voulu répéter le sortilège et ont découvert qu’un sortilège déteste la répétition. Purple Rain reste parce qu’il a été fait au moment où les chansons étaient plus grandes que l’histoire, et où l’histoire était assez humble, tout juste, pour s’écarter. Minneapolis a l’air petit. Le son, non. Un interprète qui ne faisait confiance à personne écrit un film sur l’apprentissage de la confiance envers le groupe, et pendant deux heures on croit la leçon parce qu’on l’entend.