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Le week-end comme un pays

Le vendredi n’arrive pas tant qu’il atterrit, et Cardiff se réarrange autour de cinq amis qui ont déjà décidé que la semaine était une erreur. Human Traffic de Justin Kerrigan, sorti en 1999, passe un week-end avec Jip, Lulu, Koop, Nina et Moff, joués par John Simm, Lorraine Pilkington, Shaun Parkes, Nicola Reynolds et Danny Dyer. Ils font des métiers qu’ils méprisent, parlent plus vite qu’ils ne pensent, et traitent le club comme un poste-frontière. Le film refuse le cours. Il s’intéresse à l’ambiance, aux salles, au lundi qui attend déjà dans le couloir.

Kerrigan, à peine sorti de l’adolescence quand il l’a écrit, filme sa propre ville sans en faire une carte postale du vice. Les pubs, la queue, les toilettes, le retour à pied dans St Mary Street : ce sont des lieux, pas des métaphores collées. Ce que l’image comprend, et que des films plus sévères sur les mêmes années ratent souvent, c’est que le week-end était une forme d’entraide autant qu’une chimie. On veillait les uns sur les autres sur les pistes parce que le reste du calendrier ne le faisait pas. Les blagues sont crues et locales. La peur de la redescente est filmée avec le même soin que le pic, ce qui prouve que le metteur en scène regardait.

La bande-son est l’autre carte. London Records a sorti un double album, le second disque mixé par Pete Tong, et cela joue encore comme une radio de la fin des années quatre-vingt-dix qui faisait confiance aux danseurs. Build It Up, Tear It Down de Fatboy Slim, Belfast d’Orbital, Kittens d’Underworld, Café del Mar d’Energy 52, Carl Cox, Armand Van Helden, Never Believe de Dillinja, Death in Vegas, Come Together de Primal Scream. House, techno, drum and bass et big beat partagent une nuit sans qu’on leur demande de représenter une thèse. Belfast, surtout, est le saint patron de la redescente : une boucle qui a le goût de la lumière du matin à travers un rideau bon marché.

Un film d’écrivain s’il en fut.

(Leonard Maltin)

La critique s’est divisée, ce qui convient à un film qui ne demande pas à être approuvé. Leonard Maltin l’a appelé un film d’écrivain, et la formule est juste. La voix off de Kerrigan est la dissertation d’un jeune homme, parfois trop contente d’elle-même, souvent exacte sur la honte, le sexe, le travail et la petite politique d’un groupe d’amis. Le film a ramassé des prix de festivals et une nomination aux BAFTA sans devenir un manuel. C’est un film culte au sens utile : une salle de gens qui reconnaissent la moquette, le dealer, le courage stupide, et qui n’ont pas besoin que le film les condamne pour se sentir vus.

Le cinéma rave arrive d’habitude en retard, une fois les entrepôts devenus des marques. Human Traffic est arrivé pendant que le week-end avait encore l’air d’un pays avec son hymne et ses gardes-frontières. La techno et la house, sur ce site et dans ce film, ne sont pas un fond pour un montage de pilules. Elles sont l’architecture de l’amitié pendant quarante-huit heures. Quand le morceau s’arrête, Cardiff n’est plus que Cardiff. La gentillesse du film est de ne pas prétendre le contraire, et de ne pas ricaner des heures où c’était autre chose.

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