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Born Slippy .NUXX – Underworld

Un carnet venu du Ship, et un lévrier qui avait gagné

Le kick est un fait avant que les mots le soient. Une ligne de synthé se répète jusqu’à ce que la répétition devienne un climat, et Karl Hyde se met à parler en morceaux, boy, lager, une blonde, une station, comme si la nuit avait été coupée au flash et que les flashes étaient tout ce qu’il avait gardé. Born Slippy .NUXX ne construit pas vers un refrain tant qu’elle refuse de dessoûler. La voix a été une prise. Quand il perdait le fil il répétait la ligne, et c’est pourquoi lager arrive quatre fois, non comme un toast mais comme un homme qui rate la marche. Le rythme de Rick Smith est énorme et sans gêne. La gêne, a dit Hyde, est venue plus tard, quand les canettes se sont levées.

Les mots ont été écrits en une nuit à Soho. Il a bu, a fini au Ship sur Wardour Street, a marché avec un carnet et un appareil, New York de Lou Reed et Sam Shepard en tête, essayant de voir comme un ivrogne voit, en fragments. Smith avait un rythme. Hyde a chanté. Le titre était un lévrier sur lequel ils avaient gagné de l’argent. La version .NUXX, celle que le monde veut dire, a commencé comme une face B plus dure en 1995 sur Junior Boy’s Own, faite dans la vie de studio du duo à Romford, ni comme un hymne ni comme une blague. Danny Boyle l’a mise dans Trainspotting en 1996, sur une nuit qui sonnait, pour certaines oreilles, comme une permission. Le single est monté numéro deux en Grande-Bretagne en juillet. Hyde a été horrifié la première fois qu’une salle a levé des canettes de lager, parce qu’il était encore dedans la boisson que la chanson essayait de cartographier. C’était un appel au secours, a-t-il dit au Guardian en 2006. Ce n’était pas censé être une chanson à boire. Maintenant, a-t-il dit, ça ne le dérange plus.

Le film a donné aux fragments une intrigue qu’ils n’avaient pas, puis l’intrigue s’est collée au kick. En concert, Underworld la joue comme un long système météo. La voix de carnet de Hyde, à moitié parlée, coupe l’architecture de Smith sans demander à être comprise ligne à ligne. On peut crier le lager et manquer la femme accroupie dans un trou de métro à Tottenham Court Road, le trajet qu’il a décrit du Ship au dernier train. La carte est précise. Le mauvais usage était général. L’image de Boyle, Hyde l’a concédé, a remis une part de l’ironie, pour que la fête et la maladie s’entendent dans le même bar.

Toutes les paroles ont été écrites cette nuit-là. Un ivrogne voit le monde en fragments et je voulais recréer ça. La voix a été faite en une prise. Quand je perdais le fil, je répétais la même ligne. C’est pourquoi ça fait lager, lager, lager, lager. Ce n’était pas censé être un hymne à la bière. C’était un appel au secours.

(Karl Hyde, The Guardian, 2006)

Ce que la taille cache, c’est le peu de composition, au vieux sens, qu’a demandé la voix. Une nuit, une prise, un fil perdu, une répétition. La musique est l’inverse : patiente, immense, bâtie pour tenir un homme qui ne peut pas tenir une phrase. Ce décalage est le disque. Un texte net aurait fait un single net.

Ce qui reste, c’est le nom du lévrier sur un cri. Born Slippy .NUXX remplit encore des salles qui ne connaissent pas Wardour Street. Les canettes se lèvent encore. Hyde, sobre dans les années d’après, les laisse.

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