Le triolet arrivé après l’album
Le piano ne s’assoit pas dans la poche d’une ballade. Il court, trois notes contre deux, une figure qui ne ressemble à une horloge qu’une fois que quelqu’un l’a nommée. La voix de Chris Martin entre déjà à bout de souffle, comme si le texte avait commencé dans le couloir. Clocks, tirée d’A Rush of Blood to the Head en 2002, est une urgence avec un air que les gens peuvent fredonner avant de connaître les mots. La guitare de Jonny Buckland ne concurrence pas. Elle suspend une lumière derrière le piano et laisse la course continuer. La batterie de Will Champion pousse sans sprinter. La basse de Guy Berryman est le sol qui empêche le triolet de devenir une panique.
Ils sont à Parr Street, à Liverpool, avec Ken Nelson, l’album qu’ils croyaient fini, dix chansons avec lesquelles ils étaient prêts à vivre. Le riff arrive tard, Martin au piano après la journée de travail, un pattern qu’il joue à Buckland, qui répond avec des accords en delay. Ils en font une démo, l’étiquettent pour un disque plus tard, et leur manager Phil Harvey entend l’esquisse et leur dit que cela ne peut pas attendre. Le morceau est ramené dans l’album et devient la pièce que l’année ne les laissera pas laisser derrière. La production de Nelson garde le piano sec et en avant. Rien ne cache la figure. Cette exposition est la chanson. Un arrangement plus décoré se serait félicité. Celui-ci court.
Le single suit, puis un Grammy du disque de l’année, le genre de prix qui peut rendre un groupe officiel et une chanson finie. Clocks n’a pas fini. Elle est restée dans les pubs, les stades, les mains de gens qui jouent le triolet sur n’importe quel piano où on les laisse seuls. En concert, Martin la commence souvent seul, la figure faisant les présentations, la foule arrivant sur le mot you avant lui. La version de studio est plus rapide en sentiment qu’en tempo. C’est la sensation d’être en retard à sa propre vie, mise sur une partie qu’un enfant peut apprendre et qu’un batteur ne doit pas presser.
Nous croyions l’album fini. Le piano est arrivé à la fin, et il était trop tard pour prétendre que nous pouvions le laisser de côté.
(Chris Martin, sur les sessions de Rush of Blood)
L’album autour est plein de déclarations plus larges, la politique, la dévotion, le scientifique à la porte. Ce morceau est le système nerveux. Il n’explique pas la hâte. Il est la hâte, ce qui est plus honnête. Ceux qui trouvent le groupe trop net accordent parfois à celui-ci l’exception, parce que le piano ne veut pas se tenir. Il continue de bouger après que le refrain a dit ce qu’il peut. Ce mouvement en trop est le sujet. Une horloge ne conclut pas. Elle continue, et la chanson copie l’impolitesse.
Ce qui reste, c’est le retard de son arrivée, encore audible. Un album était fermé. Un manager l’a rouvert. Un triolet est entré et a pris la décennie. Clocks sonne encore comme quelqu’un qui vient de se souvenir d’un rendez-vous et est déjà dans l’escalier, beau et peu disposé à attendre que vous soyez prêt.