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Lovefool – The Cardigans

Une bossa-nova qui a refusé de rester triste

La charleston est indécemment gaie. Dessous, Nina Persson demande qu’on la dupe, ce qui n’est pas la même chose que demander qu’on l’aime, même si le refrain travaille à confondre les deux. Lovefool arrive habillée pour danser, une phrase plus petite et plus méchante dans la poche. Les cordes scintillent. La voix reste légère, presque serviable, comme si l’humiliation était un tour de fête qu’elle a accepté de faire. On peut chanter avant de remarquer qu’on se porte volontaire pour le tour.

Peter Svensson avait la musique d’abord, une bossa-nova qu’il jouait à la guitare pendant que le groupe attendait un avion en 1995, après Life et avant le disque qui allait les avaler. Persson trouvait l’air beau et le refrain, love me, love me, say that you love me, trop cliché pour tenir seul. Elle a compensé le sucre par l’aveu : fool me, vas-y, dupe-moi. Leur producteur Tore Johansson, aux Tambourine Studios de Malmö, n’a pas laissé la bossa tranquille. Il a mis le batteur Bengt Lagerberg sur un beat disco, et la tristesse a perdu son alibi. First Band on the Moon est sorti en 1996 avec la chanson posée dessus comme un invité qui aurait apporté une chaîne plus forte que les hôtes.

La première sortie a assez bien marché en Europe, puis a semblé finie. Romeo + Juliet de Baz Luhrmann l’a remise en circulation, et les États-Unis ont attrapé une fièvre sucrée que le groupe n’avait pas commandée. Persson a décrit le morceau comme un peu un monstre sur le disque, une histoire triste dans un cheval entraînant, et le groupe comme des snobs qui voulaient être un groupe de rock et se sont retrouvés à la télé du matin. Elle se souvient d’enfants qui la chantaient dans l’eau, en vacances aux Philippines, drôle d’endroit pour retrouver sa propre blague. Le clip, couleurs saturées et flegme, vendait la clarté et gardait le calcul dans le texte, où le personnage sait que l’amour proposé est faux et le prend quand même.

Je la trouvais belle, mais le refrain Love me, love me, say that you love me me semblait trop cliché, alors j’ai essayé d’en compenser la douceur en ajoutant : Fool me, fool me, go on and fool me.

(Nina Persson, The Guardian, 2023)

Ce que le beat disco cachait, puis révélait à qui arrêtait de danser, c’était l’arithmétique. Mieux un faux que rien. The Cardigans avaient écrit cette phrase vite, dans un aéroport, et Persson a noté que c’est souvent ainsi qu’arrivent les plus grandes chansons, avant qu’on ait le temps de les rendre respectables. L’insistance de Johansson sur le beat a fait le reste. Une confession lente aurait été crue et oubliée. Le trot en a fait un tube et un fardeau, et le groupe a passé des années à sortir de sous les paillettes sans nier le métier qu’il y avait dedans.

Écoutée maintenant, loin du film et des enceintes de magasin, Lovefool scintille encore, et le scintillement est l’argument. Le personnage n’est pas naïf. Il négocie. Le fool du titre est un emploi qu’elle accepte de prendre, payé d’un refrain dont tout le monde profite gratis.

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