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Once in a Lifetime – Talking Heads

Un sermon avec l’eau qui monte

La basse ne marche pas. Elle insiste, la même cellule encore et encore, pendant qu’une guitare file de côté comme une pensée qu’on ne peut pas finir. David Byrne commence d’une voix parlée, celle d’un homme qui vient de remarquer sa propre cuisine. You may find yourself. La formule est une main sur l’épaule. Once in a Lifetime, tirée de Remain in Light en 1980, est un funk qui est allé à l’église et en est revenu inquiet. La production de Brian Eno laisse le groove mouillé. Rien ne se résout. La question n’est pas romantique. Elle est domestique, et donc pire.

La musique a été construite d’abord, à Compass Point, à Nassau, où Talking Heads et Eno poursuivent les longs motifs entrelacés qu’ils ont entendus chez Fela Kuti, joués par un groupe qui comprend aussi Tina Weymouth, Chris Frantz et Jerry Harrison. Byrne ramène les bandes vers New York et une radio qui n’arrête pas de prêcher. Il enregistre des évangélistes, copie leur habitude de commencer chaque ligne de la même façon, et laisse le personnage se parler jusqu’à une vie qu’il ne se souvient pas d’avoir choisie. Same as it ever was. La formule est un réconfort et une accusation. Une belle maison, une belle femme, et l’eau qui monte encore pour les couvrir. Le texte n’est pas un journal. C’est un masque qui va.

Toni Basil et Byrne font le clip comme un sermon qu’on peut regarder. Le costume blanc, les lunettes, le bras qui saccade, un corps qui emprunte à la fois les gestes de la transe et ceux de la danse. Cela semblait comique en 1981 et semble inévitable maintenant. Sur scène, dans Stop Making Sense, la chanson devient le moment où le spectacle cesse d’être un concert et commence d’être une possession. La prise de studio est plus sèche et plus étrange. La basse de Weymouth est le sol. Le reste de l’arrangement est une météo qui passe dessus. Byrne ne crie jamais le passage existentiel. Il le rapporte, ce qui est la façon d’un prédicateur de cacher le couteau.

La plupart des mots de Once in a Lifetime viennent d’évangélistes que j’enregistrais à la radio, en prenant des notes et en relevant des formules qui me semblaient des directions intéressantes.

(David Byrne, Time Out)

La radio américaine se méfie, puis se laisse convaincre lentement. La Grande-Bretagne fait entrer le single dans les classements. La chanson survit au bac new wave où on l’a rangée, parce que la situation qu’elle décrit n’a pas fini avec la décennie. Les gens se réveillent encore à l’intérieur d’une vie assemblée pendant qu’ils regardaient ailleurs. Les Heads se fractureront, se reformeront en morceaux, et laisseront ce titre comme celui que les civils peuvent chanter. Cette popularité n’est pas un adoucissement. Le texte est encore un homme qui se dit you, parce que je serait trop près.

Ce qui reste, c’est l’eau qui monte et la basse qui ne changera pas d’avis. Eno et le groupe ont fait un groove sur lequel on peut danser pendant que les mots demandent comment on est arrivé là. Once in a Lifetime tient encore les deux, les hanches et l’effroi, sans choisir. Certaines chansons offrent une fuite. Celle-ci offre un miroir, puis, gentiment, un beat pour se tenir devant.

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