L’accroche, chantée avant d’être une chanson
Les cuivres ne s’insinuent pas. Ils énoncent le siècle où ils comptent vivre, un punch des années soixante sous une bouche du vingt-et-unième. Amy Winehouse répond d’une voix qui est déjà en train de discuter. No, no, no. Rehab, la porte de Back to Black en 2006, est un refus mis sur une danse que le refus n’avait pas demandée. Le groove est joyeux. Le sujet est une pièce pleine de gens qui disent à une femme quoi faire de son corps. Elle change la pression en accroche si nette que des gens qui n’ont jamais eu la dispute peuvent la chanter.
Elle l’écrit avec Mark Ronson à New York, après avoir marché et parlé, la ligne arrivant à voix haute dans la rue avant d’être une composition. Son ancien management la voulait en rehab. Elle avait dit non, et le non avait un rythme. Ronson entend la cadence et l’envoie vers une chanson. Le disque est coupé avec les Dap-Kings, un groupe qui savait comment une caisse claire doit s’asseoir en 1965, Ronson à la production, Winehouse chantant comme si la bande était une personne qu’elle avait fini de convaincre. Back to Black sort en octobre, un album court avec une ombre longue. Le single fait le travail public : la Grande-Bretagne, puis le monde, puis un Grammy du disque de l’année qu’elle reçoit comme un triomphe et comme un présage.
Le danger de la chanson, évident plus tard, était que la blague était aussi l’actualité. Elle n’inventait pas un personnage à la façon d’un romancier qui quitte ensuite l’immeuble. La narratrice et la chanteuse partageaient un problème, et le refrain rendait le problème contagieux. Rien de cela n’annule le métier. La ligne de basse, les claps, les filles dans les chœurs, la façon dont elle s’appuie sur le mot no jusqu’à ce qu’il devienne une architecture. Ronson a dit qu’elle était en bon état quand ils l’ont écrite, racontant une vieille histoire, pas en train de vivre le pire dans la pièce. Le disque ne peut pas savoir ce qui est venu après. Il ne connaît que l’après-midi.
Pour Rehab, je marchais dans la rue avec Mark Ronson. J’ai juste chanté l’accroche à voix haute. J’ai chanté toute la ligne exactement comme elle s’est retrouvée sur le disque.
(Amy Winehouse, Daily Mail, 2007)
Sur scène elle pouvait l’agrandir, les cuivres plus méchants, le non une fête que la foule était pressée de rejoindre. La prise de studio est plus serrée, un single qui comprend la radio sans poncer le grain de sa voix. Ceux qui voulaient une bande-son tragique ont parfois oublié qu’elle est drôle. L’humour est la lame. Elle se moque de l’intervention et cloue la mélodie dans le même souffle. Cette double action est la raison pour laquelle la chanson passe encore dans les cuisines, pas seulement dans les documentaires.
Ce qui reste, c’est la rue, le producteur qui a entendu une accroche dans une plainte, et une chanteuse qui a refusé de ranger la plainte en leçon. Rehab n’est pas une publicité pour quoi que ce soit. C’est une dispute de trois minutes avec une section de cuivres, précise, dansante, et peu disposée à prétendre que le non n’était qu’un texte.