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Smooth Operator – Sade

Un portrait dessiné dans une pièce calme de Londres

La basse est une rumeur, la batterie un secret brossé, puis le saxophone de Stuart Matthewman trace une ligne si calme qu’on pourrait la prendre pour de l’indifférence. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est du contrôle. Sade Adu entre comme si elle avait été dans la pièce tout le temps et avait simplement décidé de parler. Smooth Operator, tirée de Diamond Life en 1984, est une étude de personnage mise sur un tempo qui refuse de transpirer. L’homme du texte est un professionnel du charme, un jet, une table, un mensonge dit avec beauté. Elle n’élève pas la voix pour le condamner. La condamnation serait une forme d’excitation, et l’arrangement a renoncé à l’excitation.

Elle l’écrit avec Ray St. John, une chanson sur un type plutôt que sur un journal. Robin Millar produit Diamond Life au Power Plant de Londres, avec Matthewman, Paul Denman et Andrew Hale, le groupe qui fera du silence une signature plutôt qu’un manque. Le single prend son temps pour traverser l’Atlantique puis s’assoit dans le top cinq américain en 1985, un tube qui sonne comme un night-club dont les lumières sont trop basses pour que quiconque joue la panique. Le mix de Millar laisse de l’espace comme un bon tailleur laisse du tissu. Rien n’est occupé. La voix est proche, les consonnes claires, le jugement livré comme une description. On peut danser dessus. On peut aussi entendre, si l’on s’arrête de danser, que l’opérateur est classé, pas admiré.

Adu a toujours été plus nette sur sa méthode que le mythe du mystère ne le permet. Elle écrit des personnages. Le smooth operator en est un, un homme qui se sert des gens et appelle cela du style. Le glamour du disque est le piège pour les auditeurs qui veulent que la chanteuse soit le personnage. Elle est la caméra. Sur scène la chanson pouvait allonger un solo de sax, une nuit plus longue. La version de studio est la nouvelle brève : couplet, refrain, le titre comme compliment et comme chef d’accusation. Diamond Life a fait une carrière de cette distance. Ce morceau est celui que la radio n’a pas pu refuser, parce que la distance, bien jouée, est plus sexy que la supplique.

J’écris des personnages. Le smooth operator, ce n’est pas moi. C’est un homme que je regardais, et le glamour est sa méthode, pas sa vertu.

(Sade Adu, sur la chanson)

On s’en est servi depuis comme le son de la sophistication, dans des films qui ont besoin d’un bar et d’un secret. L’usage n’est pas faux. Il est incomplet. Le secret du texte est que la sophistication est une méthode de prise. Adu le chante sans rictus et sans merci, ce qui est plus dur que l’un ou l’autre. Les claviers de Hale gardent la pièce chère. La basse de Denman ne presse jamais l’arnaque. Le cuivre de Matthewman est le sourire qui n’atteint pas le travail.

Ce qui reste, c’est cette température, encore exacte. Smooth Operator ne vieillit pas en nostalgie parce qu’elle n’essayait jamais d’être l’année. Elle essayait d’être un portrait, et les portraits d’un certain savoir-faire froid restent actuels. La pièce londonienne est calme. L’homme travaille encore la salle. La voix l’a déjà vu.

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