Une ligne de basse devient un mythe quand on peut la chanter sans la chanson. Ces dix-là entrent encore toutes seules.
10The Police – “Walking on the Moon” La ligne de Sting sur le single de 1979 est surtout de l’espace. Peu de notes, les vides sont le refrain, et la levée reggae est jouée par un groupe anglais qui venait d’apprendre combien d’air une basse peut tenir. Trois tons, et on a déjà quitté le sol.
9Rush – “Tom Sawyer” Les figures de Geddy Lee sur le morceau de 1981 sont un instrument soliste qui se trouve être grave. Le synthé et la basse échangent la même attitude. C’est du prog qu’on peut siffler. La ligne ne décore pas le riff. Elle en est l’autre moitié.
8Red Hot Chili Peppers – “Give It Away” Le slap de Flea sur le single de 1991 est un sourire avec des cals. Enregistré pour Blood Sugar Sex Magik dans la maison avec Rick Rubin, la ligne saute, s’assoit, ressaute. C’est du funk qui refuse le fond. La chanson est la basse, et la basse le sait.
7Queen – “Another One Bites the Dust” John Deacon a écrit la ligne de 1980 d’abord à la basse, une figure disco assez solide pour un groupe de rock et pour la moitié du hip-hop ensuite. La grosse caisse s’y verrouille. Freddie chante autour. Sans la basse, le titre n’est qu’une phrase. Avec elle, c’est une marche.
6Michael Jackson – “Billie Jean” Louis Johnson, des Brothers Johnson, a joué la ligne de 1982, une marche qui ne se résout jamais tout à fait, sous la production de Quincy Jones. La chanson est un déni. La basse est la preuve, répétée comme une pensée qu’on ne lâche pas. Les pistes répondent encore avant la voix.
5Chic – “Good Times” Bernard Edwards, en 1979, a écrit la ligne que Rapper’s Delight porterait jusqu’au Sugarhill Gang et jusqu’à la naissance du hip-hop enregistré. Les sauts d’octave sont une joie disciplinée. Chaque sample ultérieur est une note de bas de page. L’original sonne encore comme une pièce qui décide de rester.
4Pink Floyd – “Money” La ligne en 7/4 de Roger Waters sur The Dark Side of the Moon, en 1973, est une caisse enregistreuse qui a appris à swinguer. La mesure impaire devrait la rendre gauche. Elle la rend inévitable. On peut la compter sur une note de bar. Le solo de Gilmour vient après. La basse a déjà plaidé.
3The Beatles – “Come Together” La ligne marécageuse de Paul McCartney ouvre Abbey Road en 1969, grave, lente, un peu menaçante sous le murmure de Lennon. Ce n’est pas une partie chargée. C’est une température. Cinquante ans de reprises ont voulu ajouter des notes. La bonne version les laisse encore dehors.
2Marvin Gaye – “What’s Going On” James Jamerson a joué la ligne de 1971 avec une liberté que Motown cachait d’ordinaire, glissant sous une chanson qui posait une question à un pays. La basse ne marche pas au pas. Elle s’inquiète, magnifiquement. On la suit avec la poitrine. C’est le mythe : le toucher d’un sideman devenu la conscience du disque.
1Queen – “Under Pressure” Deacon encore, cette fois avec Bowie dans la pièce aux Mountain Studios en 1981, une descente de deux notes que Vanilla Ice nierait puis admettrait. La ligne est plus petite que les voix. Elle leur survit. Fredonnez-la dans un magasin, quelqu’un finit le titre. C’est aussi mythique qu’une basse peut l’être.