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Free Four – Pink Floyd : un décompte cockney pour un père mort

Le décompte est une blague. Le couplet, c’est Anzio.

Free Four s’ouvre sur un décompte, « one, two, free four », avec l’accent cockney. Cette blague est le titre. La chanson est sur Obscured by Clouds, la bande originale que Pink Floyd fait pour le film de Barbet Schroeder, La Vallée. Ils l’enregistrent au château d’Hérouville, en France, entre le 23 février et début avril 1972, en deux pauses autour d’une tournée au Japon, et ils la mixent aux Morgan Studios à Londres du 4 au 6 avril. Harvest sort l’album en Grande-Bretagne le 2 juin 1972. Le groupe le produit.

Waters écrit celui-ci seul, le seul morceau de l’album qui soit entièrement de lui. Il le chante, joue de la basse, et joue la guitare acoustique rythmique. David Gilmour joue de la guitare électrique. Richard Wright est aux claviers. Nick Mason joue de la batterie. Le tempo est presque enjoué, un shuffle clair, ce qui jure avec les mots.

Les mots parlent de son père. Eric Fletcher Waters, instituteur, est tué à Anzio le 18 février 1944, dans les Royal Fusiliers, alors que Roger a cinq mois. Free Four est la deuxième chanson de Pink Floyd à le dire, après Corporal Clegg sur A Saucerful of Secrets. Le même fait revient plus tard, plus dur, sur The Wall et The Final Cut. Ici, il est encore dans une chanson courte sur le fait de monter dans la tournée américaine et d’avoir du mal à en descendre.

Schroeder les a déjà engagés pour More. La Vallée suit deux voyageurs en Nouvelle-Guinée, et il redemande. Le groupe a commencé la musique qui deviendra The Dark Side of the Moon, y compris les premières versions live de la suite, et ils s’arrêtent pour le film. La salle, c’est Strawberry Studios, au château. L’acoustique de Waters est devant. La guitare électrique de Gilmour répond par des figures courtes et dures contre le shuffle. Mason tient un backbeat simple. Il n’y a pas de long solo ni de suite. À un peu plus de quatre minutes, le morceau est construit comme un single, ce qui permet au bureau américain de l’envoyer en radio sans demander une version plus courte.

You are the angel of death and I am the dead man’s son. He was buried like a mole in a fox-hole, and everyone’s still on the run.

(Roger Waters, Free Four, 1972)

Capitol sort le morceau en single aux États-Unis le 10 juillet 1972. C’est la première chanson de Pink Floyd depuis See Emily Play à obtenir une vraie diffusion américaine, surtout sur les stations FM qui acceptent un morceau de quatre minutes au texte sombre si le décompte sonne comme un single. Ce n’est pas un hit des charts. Ça met quand même le groupe à la radio américaine un an avant The Dark Side of the Moon.

L’enregistrement est un travail de film fait entre deux tournées, dans un château français, puis mixé à Willesden. Le décompte enjoué est l’accroche. Le couplet, c’est Anzio, 1944, dit à voix haute deux albums avant que Waters ne construise un disque entier autour de la mort de son père. La bande de 1972 est celle qui compte, pas un remaster plus tardif de la bande originale.

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