Un robot en liberté à Shibuya
La voix arrive déjà traitée, un robot qui a appris à se vanter, et le beat dessous est assez gras pour être un dessin animé et assez net pour être un disque. Intergalactic, tirée de Hello Nasty en 1998, ce sont trois New-Yorkais qui font semblant d’être une transmission et qui réussissent parce que le semblant est si bien joué. Ad-Rock, Mike D et MCA échangent des lignes comme des gamins à qui l’on a donné un micro et une bibliothèque. L’accroche est une comptine de cour avec un visa. Intergalactic planetary. Cela devrait être bête. C’est bête. C’est aussi une pièce d’ingénierie à laquelle un club peut se fier.
Ils font l’album à G-Son, leur studio de Los Angeles, avec Mario Caldato Jr., le producteur qui avait appris à les laisser chaotiques sans laisser tomber la bande. Les cuts de Mix Master Mike sont le système météo, des scratches qui commentent puis s’écartent. Le single sort à l’été 1998 et fait ce que leurs disques plus sérieux du début des années quatre-vingt-dix avaient choisi de ne pas faire : il sourit. Le clip, dirigé par Adam Yauch sous son crédit Nathaniel Hornblower, les met en costumes assortis et un robot géant dans une ville japonaise, une image de kaiju qui comprend que la chanson est un costume. On voit la blague. On peut aussi danser sur le grave, ce qui est la façon dont la blague survit au contact d’un vendredi soir.
Ce que le texte contient vraiment est un tas de références, de la science-fiction, leur propre passé, une vantardise qui sait qu’elle est une vantardise. Les Beastie Boys avaient passé la décennie à prouver qu’ils pouvaient être musiciens, pas seulement une farce. Ce morceau est la farce autorisée à revenir, à condition que le métier reste. En concert c’est devenu une pièce, la voix de robot, la foule criant la ligne planetary, trois hommes qui avaient grandi en public acceptant d’être ridicules exprès. La version de studio est plus serrée que le souvenir qu’on en a. Caldato garde la voix intelligible et la batterie rude. Rien ne traîne. Une blague qui traîne est un cours.
Nous la voulions forte, ridicule et dansable. Si elle ne nous faisait pas rire en studio, elle n’était pas finie.
(Beastie Boys, autour de Hello Nasty, 1998)
Hello Nasty est un disque long et joueur, et ceci est la carte postale. Des gens qui les avaient classés dans les vieilles nouvelles ont rencontré le robot et ont mis le dossier à jour. On s’est servi de la chanson depuis chaque fois qu’un réalisateur a besoin d’un éclat soudain de confiance de dessin animé. Cet usage ne l’a pas vidée. La confiance a toujours été un dessin animé, et c’est pourquoi elle ne vieillit pas en embarras. Ils ne prétendaient pas être plus durs qu’ils n’étaient. Ils prétendaient venir de l’espace, ce qui est plus honnête.
Ce qui reste, c’est la comptine, encore disponible à quiconque peut crier et compter. Intergalactic est un tube sur l’échelle qui reste de la taille d’une blague, et la blague est construite comme un pont. G-Son, un costume de robot, un scratch, trois voix qui refusent de devenir ternes. La transmission continue. Veuillez ne pas régler votre planète.