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Under the Bridge – Red Hot Chili Peppers

Un poème qui ne voulait pas du groupe

Une guitare commence seule, haute et presque timide, le genre de figure que John Frusciante a dit avoir écrite plus heureuse que les mots parce que les mots étaient déjà assez tristes. Puis Anthony Kiedis entre sans l’aboiement habituel, nommant une ville comme si c’était une personne qui pourrait encore le reprendre. Under the Bridge ne fait pas de funk. Il avoue, et l’aveu est si simple que le groupe, d’abord, n’a pas cru qu’il lui appartenait.

Le texte commence comme un poème. En avril 1991, en rentrant de répétition, Kiedis se sent dehors de l’amitié de Frusciante et de Flea, et la vieille solitude de l’héroïne revient avec une mélodie qu’il chante tout le long de l’autoroute. Il l’écrit dans un carnet pour traiter l’angoisse, pas comme une chanson des Chili Peppers. Pendant la fabrication de Blood Sugar Sex Magik, enregistré au Mansion de Laurel Canyon et sorti le 24 septembre 1991, le producteur Rick Rubin trouve la page. Kiedis est gêné. Il dit que ce n’est pas ce qu’ils font. Rubin demande pourquoi refuser une chose belle. Frusciante l’entend et trouve des accords. Flea trouve une basse qui marche au lieu de claquer. Chad Smith garde une batterie presque polie. Rubin produit. Le single, l’année suivante, transforme une page privée en chanson que des inconnus utilisent pour expliquer le groupe à ceux qui ne connaissaient que les chaussettes et la basse slap.

En concert, Kiedis laisse souvent la foule chanter les premières lignes, destin étrange pour un poème sur l’absence de partenaire. La salle devient le partenaire. La guitare de Frusciante, les soirs où il est là et clean, sonne encore comme une main offerte plutôt qu’un solo revendiqué. Le pont du titre est un vrai lieu du centre-ville dans la mémoire de la came, et aussi la distance entre un homme et ses amis. Les deux sens survivent au chant collectif.

I said, it’s really beautiful, why would you say it’s not for the Chili Peppers? And he said, that’s not what we do.

(Rick Rubin, Rick Beato interview, 2024)

La joliesse de la chanson a rendu certains premiers fans méfiants, comme si la tendresse était une trahison plutôt qu’une pièce plus dure à entrer. Ce que le disque fait vraiment, c’est refuser l’uniforme du groupe. Il n’y a pas de rap où se cacher. La ville de Los Angeles est aimée dans le dernier couplet avec une dévotion qui sonne comme un homme à court de personnes. Ce tournant, de l’isolement vers une ligne d’horizon, est le vrai pont du morceau. Rubin avait raison : le groupe n’était pas seulement un groupe de funk. Il avait aussi raison de dire qu’ils ne le savaient pas avant que la bande soit dans le monde et que le monde réponde.

Ce qui reste, c’est un calme que le catalogue s’autorise rarement. Under the Bridge sonne encore comme une fin d’après-midi en voiture, le carnet pas encore un tube, le chanteur pas encore sûr d’avoir le droit d’être aussi peu gardé. Le tube a eu lieu. La part sans garde ne s’est pas perdue, et c’est le miracle. On entend la réticence dans la voix. C’est le son d’un homme qui lit quelque chose qu’il espérait que personne ne trouverait.

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