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Abbey Road – The Beatles

La dernière séance, habillée en adieu

Le 26 septembre 1969, les Beatles sortent le dernier album qu’ils enregistreront ensemble, et ils habillent l’adieu en traversée d’une rue. Abbey Road ne sonne pas comme un groupe qui se défait, et c’est une partie du tour. Les voix se verrouillent. La basse, jouée par Paul McCartney sur la plus grande partie du disque, est assez mélodique pour être un second lead. George Harrison, si longtemps le compositeur junior de la pièce, offre Something et Here Comes the Sun, deux chansons qui ont survécu à la dispute sur qui avait le droit de les écrire. Le passage piéton de la pochette, photographié par Iain Macmillan le 8 août 1969, a pris quelques minutes et un policier retenant la circulation. L’album a pris l’été.

Ils l’enregistrent surtout en avril, juillet et août 1969, de retour aux studios d’Abbey Road, George Martin à la production, Geoff Emerick de retour à la console. Let It Be a déjà été filmé et sortira plus tard, brouillon et public. Celui-ci est la sortie plus nette. Un synthétiseur Moog, nouveau dans la pièce, colore Here Comes the Sun, Because et Maxwell’s Silver Hammer. Come Together entre en se pavanant sur un groove de marécage. I Want You (She’s So Heavy) ferme la première face en s’arrêtant, simplement, la bande coupée, le désir laissé en l’air comme une porte claquée par la machine plutôt que par un chanteur. Ringo Starr a Octopus’s Garden, une carte d’enfant pour la paix, et elle a sa place ici parce que l’album parle aussi, en secret, d’envie d’une vie plus petite.

La seconde face est celle que Lennon appellera plus tard un opéra pop, pour la rejeter. McCartney veut une suite : des fragments cousus jusqu’à ce qu’ils fassent un seul après-midi. Martin aide à la couture. You Never Give Me Your Money commence la marche. De petites chansons passent la mélodie à la suivante. Puis The End, où les trois guitaristes se relaient sur le solo, McCartney, Harrison, Lennon, dans cet ordre, un dernier partage poli du projecteur. La dernière phrase est presque trop simple pour être la dernière chose qu’ils enregistrent comme groupe au travail. La simplicité est le sujet. Après toute l’invention, une phrase qu’on pourrait dire à quelqu’un qui quitte une pièce.

I liked the A side but I never liked that sort of pop opera on the other side. I think it’s junk.

(John Lennon, entretien avec Jann Wenner, Rolling Stone, 1971)

Un double face A, Something et Come Together, suit en octobre et atteint la tête du classement américain. L’album fait de même des deux côtés de l’Atlantique. Rien de cela n’annule la fracture. Le groupe est déjà fini, au sens pratique, quand le public tient la pochette. Ce que la pochette tient, c’est un groupe qui se souvient comment jouer comme si l’avenir était encore une pièce partagée. L’objection de Lennon au medley est utile. Elle empêche le disque de devenir un sanctuaire. L’une des personnes qui l’ont fait n’aimait pas l’architecture. L’architecture a tenu quand même, et c’est ainsi qu’on sait que c’était de l’architecture, pas seulement une humeur.

Traversez la rue dans votre tête quand le medley commence. Les chansons sont courtes exprès. Personne n’a le temps de finir une pensée avant que la suivante arrive, ce qui est une description honnête de 1969, et de n’importe quel groupe qui s’est assez aimé pour connaître les sorties. Abbey Road est le rare adieu qui sonne comme un bonjour à l’auditeur. Le groupe part. Le disque reste sur le trottoir, patient, encore juste.

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