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Pet Sounds – The Beach Boys

Un studio construit comme une confession

Au printemps 1966, pendant que les Beach Boys chantent sous les projecteurs d’une tournée au Japon, Brian Wilson reste à Los Angeles et construit un disque qui ne croit plus à la plage. Pet Sounds s’ouvre sur l’élan clair de Wouldn’t It Be Nice, mais cette clarté est déjà un souhait, pas une photographie. Les harmonies s’empilent comme des vitres teintées. Dessous, une basse avance avec la patience de quelqu’un qui a décidé qu’une chanson pop peut porter le chagrin sans hausser la voix. La pochette Capitol est presque timide : un champ vert de typographie, et un cliché du groupe nourrissant des chèvres au zoo de San Diego. La blague est douce. La musique ne l’est pas. Sorti le 16 mai 1966, l’album sonne, dès la première mesure, comme un homme qui est descendu de la voiture et a refermé la portière.

Wilson avait quitté la route après une crise de panique en avion, fin 1964. Les mois à la maison deviennent un atelier plutôt qu’un repos. Les séances circulent entre Western Recorders et Gold Star, avec le Wrecking Crew tout autour : la batterie d’Hal Blaine, la basse de Carol Kaye, des claviers, des cuivres, et un petit placard d’objets que la plupart des producteurs auraient laissés dans le couloir. Clochettes de vélo, canettes de Coca-Cola, et, à la fin de Caroline, No, les aboiements des chiens de Wilson, Banana et Louie, trouvent chacun une mesure où habiter. Tony Asher, jeune rédacteur publicitaire, s’assoit à côté de lui et transforme des phrases privées en paroles que le groupe peut vraiment chanter. Quand Mike Love, Carl Wilson, Dennis Wilson et Al Jardine reviennent du Japon, l’architecture est déjà dessinée. Ils la chantent avec une précision qui surprend encore. Ils ne reconnaissent pas toujours le garçon qui l’a écrite.

Ce qu’ils chantent est une suite déguisée en douzaine de chansons pop. God Only Knows, confiée à Carl, est le centre immobile : une chanson d’amour qui commence par avouer ce qu’elle ne sait pas, puis refuse de détourner les yeux. I Just Wasn’t Made for These Times dit la peur sans costume, un thérémine clignotant au bord comme une pensée qu’on n’arrive pas à finir. Sloop John B, la chanson folk que Wilson tient à garder, est la seule fenêtre de vieux soleil, et même cette lumière est fatiguée, une mélodie de touriste chantée par quelqu’un qui veut rentrer. Let’s Go Away for Awhile n’a aucune voix. L’instrumental qui donne son titre à l’album ressemble à une pièce après le départ des invités, chaises encore tièdes, personne ne parle. Rien ici ne court après une piste de danse. Tout écoute, puis répond en harmonie.

It may be going overboard to say it’s the classic of this century, but to me, it certainly is a total, classic record that is unbeatable in many ways.

(Paul McCartney, entretien avec David Leaf, 1990)

Capitol ne sait pas quoi faire d’un album des Beach Boys qui refuse le surf. Aux États-Unis, le disque cale à côté des singles que le label préfère encore pousser, comme si la complexité était un problème de planning. En Grande-Bretagne, on l’entend comme une nouvelle manière de composer. McCartney l’a dit plus d’une fois : passer Pet Sounds a poussé les Beatles vers Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Wilson tente de répondre à cette réponse avec Smile, qui lui échappe des mains avant d’être fini. La réponse inachevée rend le disque achevé plus net. Pet Sounds n’a pas besoin d’une suite pour prouver qu’il a changé la taille d’un album pop. Il a déjà déplacé les murs.

Écoutez tard, fenêtre ouverte. Les harmonies ne datent pas. Elles restent un peu trop près, comme une confidence quand quelqu’un dit enfin la chose vraie et ne la retire pas. Wilson a vingt-trois ans. Il sait déjà qu’un tube peut être un abri et un piège en même temps, un refrain qu’on vous demande de porter longtemps après qu’il a cessé de vous aller. Pet Sounds choisit l’abri, puis vous dit, très poliment, ce qu’il en coûte d’y rester. Les chèvres de la pochette continuent de manger. La pièce derrière la pochette, non.

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