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Enter Sandman – Metallica

Une berceuse réécrite loin du berceau

Le riff ne frappe pas. Il est déjà dans la pièce, d’abord clair, une figure de cinq notes qui sonne comme une boîte à musique laissée en mineur, puis le groupe enfonce la porte. Enter Sandman est une histoire du soir racontée par des gens qui ne font pas confiance au sommeil. La voix de James Hetfield énumère les prières puis les retourne. Le refrain offre le pays de jamais-jamais avec la chaleur d’une menace. Les enfants connaissent ce ton. Les adultes qui vérifient encore le noir aussi.

La chanson ouvre Metallica, l’album noir, sorti le 12 août 1991, produit par Bob Rock aux studios One on One de Los Angeles. Kirk Hammett apporte le riff, né dans les petites heures. Lars Ulrich et le groupe le simplifient jusqu’à ce qu’il soit, dans une formule d’Ulrich reprise plus tard, proche d’une chanson à un seul riff, un choc après le labyrinthe de …And Justice for All. Le premier texte de Hetfield parle de mort subite du nourrisson : le marchand de sable tue le bébé. Il a appelé cette version un peu niaise. Rock et Ulrich le poussent à réécrire, ce qui le met en colère puis améliore la chanson. Les cauchemars restent. La mort littérale s’en va. Le morceau devient le premier single, celui qui emmène un groupe de metal dans des pièces qui n’avaient jamais acheté de disque de metal, sans poncer l’effroi.

En concert, c’est l’ouverture ou la promesse d’une ouverture, un décompte que le stade connaît déjà. Les lumières tombent. La figure commence. Quoi que le set contienne d’autre, ceci est la poignée de main. Hetfield chante encore la prière réécrite, pas le berceau. La miséricorde de cette coupe est facile à manquer sous le volume. Il a refusé de mettre dans le monde la pire phrase d’un parent, puis a écrit une chanson que le monde peut chanter sans broncher, ce qui est un cadeau sombre à part entière.

We’d had that title Enter Sandman for a long time. It was originally gonna be about crib death. Y’know, baby suddenly dies, the sandman killed it. But that’s a little corny.

(James Hetfield, Uncut)

La production de Rock est l’autre dispute du morceau : plus gros, plus près, la caisse claire dans les côtes, les guitares plus un mur à travers lequel on écoute mais un mur contre lequel on se tient. Une partie de l’ancien public a entendu une trahison dans la clarté. La vie du morceau suggère que la clarté était le sujet. Un riff aussi mémorable n’avait pas besoin de se cacher. Le solo de Hammett est court à l’ancienne mesure du groupe et exactement assez long. Rien ne divague. La forme berceuse, couplet et refrain et une voix parlée au milieu, est une architecture pop en bottes.

Ce qui reste, c’est la prière retournée. Now I lay me down to sleep, et le groupe ne vous laissera pas. Enter Sandman lance encore des disputes sur ce que Metallica doit à son passé, et il les termine, parce que la figure est trop forte pour être une prise de position. C’est une porte. On l’entend et l’on est déjà dans le noir avec la lumière encore allumée dans le couloir. C’est toute l’enfance que la réécriture a réussi à garder.

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