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Fight the Power – Public Enemy

Un hymne commandé pour une radio qui ne s’arrêtait pas

Le morceau ne commence pas. Il s’empile. Sirènes, une voix déjà en plein cri, une batterie qui sonne comme plusieurs disques se disputant dans une mesure, un sax que Branford Marsalis souffle à travers le désordre comme si le désordre était le sujet. Chuck D ne vous fait pas entrer en douceur. Fight the Power énonce le travail dans le titre puis passe ses couplets sur le mur : des héros qui ne sont pas les siens, des timbres qui ne portent pas les visages qu’il aurait choisis, Elvis et John Wayne nommés sans la politesse d’un débat. Flavor Flav ponctue. La Bomb Squad, Hank Shocklee, Keith Shocklee, Eric Sadler, avec Chuck, produit comme une foule produit une rue. On ne trouve pas le centre. On rejoint la densité.

Spike Lee l’a demandé. Il avait un film sur un pâté de Brooklyn, la radio de Radio Raheem, un mur de pizzeria de visages italiens, et il a dit à Chuck, Bill Stephney et Hank qu’il cherchait un hymne. Chuck a entendu le disque de 1975 des Isley Brothers, du même nom, dans la demande, non comme un sample à prendre mais comme un flambeau à porter. Il a dit qu’il ne voulait pas l’ancien groove. Il voulait le cri. Ils ont bâti la chanson par étapes, des versions brutes que Spike glissait dans des montages pour investisseurs de Do the Right Thing avant que le disque soit fini. Chuck se souvient de s’enfoncer dans son siège à une projection à Brooklyn parce que l’ébauche sonnait inachevée et que le film n’arrêtait pas de la passer. Il a dit à Rolling Stone qu’il n’avait pas cru avoir un tube. Puis il a compté. Spike a mis la chanson quelque chose comme vingt fois.

Le film est sorti en 1989. La chanson a fait le générique puis a refusé de partir, accompagnant la journée jusqu’à ce que la nuit casse. Sur Fear of a Black Planet, en 1990, elle s’est assise dans l’album comme si le film avait été un single qui ne finissait pas. La radio n’était pas le plan. Chuck a été clair : le cinéma était la sortie, parce que les stations n’allaient pas faire ce travail. Le troisième couplet répond à une question posée dans la pizzeria, Buggin’ Out voulant savoir pourquoi aucun visage noir n’est au mur. Le texte est la réponse que Sal ne donne pas. Elvis était un héros pour la plupart. La ligne ne demande pas à être aimée. Elle demande à être entendue au volume que Raheem avait déjà choisi.

Tout ce dont je me souviens, c’est Spike qui disait : je cherche un hymne. Quand j’ai entendu Spike Lee la mettre vingt fois dans le film, j’ai fait pssh. Qui met une chanson autant de fois dans un film ?

(Chuck D, Rolling Stone, 2014)

En concert, la densité devient un corps. Public Enemy n’a pas adouci le couplet sur Elvis quand les salles ont grandi. Le choc faisait partie de la commande. Un titre que Chuck avait pris d’un disque aimé adolescent est devenu, par répétition dans un seul film, la phrase que les gens attrapaient quand une rue avait besoin d’un refrain. Il a comparé le sentiment, des années après, à Pete Seeger avec une autre chanson. La comparaison n’est pas de la modestie. C’est une revendication de fonction. Les hymnes servent.

Ce qui reste, c’est la radio sur l’épaule. Fight the Power sonne encore comme trop de disques à la fois, ce qui est le son d’un pâté de maisons quand personne ne veut baisser. Les héros des timbres n’ont pas été remplacés.

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