Bienvenue dans le monde des chroniques objectivement subjectives
 

Hot Stuff – Donna Summer

Une guitare bon marché, une prise, le volume à fond

Le kick est une porte qu’on frappe de l’intérieur. Puis une guitare, mince et un peu impolie, entre comme si elle avait la mauvaise adresse et comptait rester. Donna Summer ne lui fait pas concurrence. Elle la chevauche, la voix à moitié ordre et à moitié défi, le mot hot étiré jusqu’à ce qu’il cesse d’être une température et devienne une politique. Hot Stuff est de la disco qui a laissé entrer un joueur de rock et refuse de s’excuser du bruit. Le bruit est le sujet. Le lisse devenait ennuyeux, même pour les gens qui avaient inventé le lisse.

Le single sort en avril 1979, quelques jours avant l’album Bad Girls chez Casablanca, écrit par Pete Bellotte, Harold Faltermeyer et Keith Forsey, produit par Giorgio Moroder et Bellotte. La guitare est celle de Jeff Baxter, Skunk, passé par Steely Dan et les Doobie Brothers, enregistrée au Rusk Sound de Los Angeles sur une Burns bon marché, dans un Deluxe Reverb poussé à dix, en une prise. Il a dit que Moroder l’avait entendue et l’avait appelée exactement ce qu’ils voulaient : éloigner Summer de la disco pure et donner au disque un feeling rock. Ce morceau est le moment où l’on dit au genre qu’il ne pourra peut-être pas la garder. Il va numéro un. Le Grammy qui suit, pour le chant rock féminin, admet ce que le riff avait déjà dit.

Sur une piste le solo est une poussée. Dans un clip, la démarche est la chorégraphie, moins un ballet qu’une marche qui sait qu’on la regarde. En concert, Summer pouvait s’appuyer sur le groupe jusqu’à ce que le feeling rock cesse d’être une nouveauté et devienne son autre accent. Les séquenceurs de Moroder sont toujours là, précis, européens, un peu froids. L’ampli de Baxter est l’interruption américaine. Les deux ne se fondent pas en une troisième chose. Ils se disputent, et la voix arbitre en ayant l’air de dire que la dispute était son idée.

It’s exactly what we want. We want to move Donna away from just pure disco and give it a rock feel.

(Giorgio Moroder, selon Jeff Baxter, Guitar Player)

La réception a coupé la salle d’une façon utile. La radio rock, qui avait traité la disco comme un pays rival, a dû passer une chanson dont le solo était reconnaissable par ses propres guitaristes. La radio dance n’a pas perdu le kick. La voix de Summer tenait les deux publics sans choisir. La prise unique compte. On entend un homme qui n’allait pas en demander une autre.

Ce qui reste, c’est le coup à la porte. Hot Stuff sonne encore comme 1979 refusant de choisir un rayon. Summer n’est pas devenue une chanteuse rock, et elle n’est pas restée une chanteuse disco. Elle est devenue la personne qui pouvait engager les deux et sonner comme si aucun n’avait été invité par politesse. Quand la guitare entre, la température du titre cesse d’être une blague. C’est une mesure. La pièce est chaude parce que quelqu’un a poussé un ampli à fond et que personne n’a dit de baisser.

Post Tags
Share Post
No comments

LEAVE A COMMENT