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Madison Square Garden 1986 – Run-D.M.C.

La nuit où les chaussures sont montées

Madison Square Garden, 19 juillet 1986. La tournée Raising Hell a déjà décidé quelque chose que l’industrie tarde à imprimer : un groupe de rap peut être tête d’affiche d’une arena sous son seul nom. Joseph Simmons, Darryl McDaniels et Jason Mizell, Run, DMC et Jam Master Jay, viennent de Hollis, dans le Queens, chapeaux noirs et Adidas délacées. Sous eux ce soir-là : Whodini, LL Cool J, les Beastie Boys, Timex Social Club. Raising Hell est sorti en mai. Walk This Way, enregistré avec Aerosmith, tire la radio rock vers une boîte à rythmes, que la radio rock le veuille ou non. Le Garden est la preuve new-yorkaise.

La preuve a un accessoire, et l’accessoire ce sont les pieds du public. Quand My Adidas part, le rituel demande à la salle de lever les chaussures. Vingt mille personnes le font. Angelo Anastasio, d’Adidas, est dans le bâtiment. Le contrat qui suit est devenu une planche d’école de commerce. Sur le moment c’est plus simple et mieux : trois hommes du Queens qui regardent un plafond de caoutchouc et de cuir qu’ils n’ont pas payé, et une compagnie qui découvre qu’un chant peut être un marché. Le hip-hop avait été une fête de parc, un single, une première partie. Là, une tête d’affiche dit à un géant du sportswear ce que l’uniforme est déjà.

Les platines de Jam Master Jay sont le groupe. Aucun euphémisme n’améliore cette phrase. Le Garden, bâti pour les guitares et une barre de reverb, prend une boîte à rythmes et deux voix et ne s’écroule pas. L’aboiement de Run, le poids de DMC dessous, la piste frappée plus que jouée. Si vous voulez la texture, pensez à un gymnase multiplié par la gloire : écho, baskets, un refrain qui est aussi un ordre. Levez-les. Ils les ont levées.

C’est le show légendaire où un dirigeant d’Adidas, Angelo Anastasio, a vu 20 000 fans agiter leurs chaussures en l’air quand Run-DMC a joué My Adidas.

(Beastiemania, note sur l’affiche du 19 juillet 1986)

La tournée est le fait plus large. Une quarantaine de villes, le rap en haut de l’affiche, Whodini et un jeune LL Cool J en dessous. Avant ça, le rap dans une grande salle voulait surtout dire chauffer un public venu pour autre chose. Raising Hell inverse la raison pour laquelle les lumières sont allumées. La date du Garden est celle dont la chaussure se souvient, parce qu’un témoin de la compagnie était là, et parce que New York aime un couronnement à domicile. D’autres nuits ont été aussi fortes. Celle-ci a changé un contrat.

N’en faites pas une publicité. La publicité est venue après, quand le trèfle a appris à frapper. Le 19 juillet le son est encore un défi : délacé, fort, court sur les excuses. Un bâtiment de rock plein de gens qui ont acheté des billets pour entendre du rap, et qui répondent à une chanson en lui donnant leurs chaussures. Ça, c’est un concert. Le contrat n’est que la note de bas de page que les comptables ont gardée.

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