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Stayin’ Alive – Bee Gees

Une boucle qui a survécu à la chaise du batteur

Le charleston est un pouls avec lequel on pourrait prendre un pouls, ce que des médecins ont fait plus tard, et la guitare répond par une figure si nette qu’elle semble usinée. Puis le falsetto arrive, non comme un ornement mais comme un homme qui insiste pour dire qu’il est encore là. Stayin’ Alive est un disque de danse qui avoue, dans les lignes plus graves, que la vie ne va nulle part et que quelqu’un devrait aider. L’aveu empêche la démarche d’être vide. On marche comme ça parce que la nuit est une négociation, et qu’on a décidé, pendant quatre minutes, de ne pas la perdre.

Les frères ont écrit les chansons de Saturday Night Fever en France, au château d’Hérouville, avant d’avoir vu le film. Ils ont fini celle-ci aux studios Criteria de Miami en 1977, en produisant avec Albhy Galuten et Karl Richardson. Dennis Bryon a dû partir après un deuil. Galuten et Richardson ont pris deux mesures de sa batterie sur Night Fever, déjà enregistrée, et les ont bouclées sur bande, une boucle humaine, avant qu’une boîte à rythme ne rende la ruse évidente. Quand il est revenu, la boucle est restée. La pochette, par blague, créditait Bernard Lupe. Alan Kendall a joué la figure de guitare. La bande originale arrive en novembre 1977. Un film sur une piste de Brooklyn avait son hymne, et l’hymne avait été bâti sur une coupe.

À l’écran, la marche de John Travolta a changé la boucle en costume. La chanson n’avait pas besoin du costume blanc, mais le costume a appris à une génération comment l’entendre : menton haut, le trouble en dessous. En concert, les trois voix tiennent sur un même fil, le falsetto un instrument de famille, les lignes graves demandant encore de l’aide. La carrière plus tardive du tempo dans les cours de premiers secours est un accident qui flatte le titre. Ils écrivaient pour un homme qui avait besoin d’une raison de traverser une pièce.

People crying out for help. Desperate songs. Those are the ones that become giants. The minute you capture that on record, it’s gold. Stayin’ Alive is the epitome of that.

(Barry Gibb, Playboy, 1978)

Le retour de bâton est arrivé à l’heure. Une culture qui avait dansé sur le disque a décidé que le disque était le problème, et les Gibb ont porté le mépris pendant des années. Ce qu’elle a manqué, c’est que le morceau n’est pas un sourire. Le kick ne célèbre pas. Il persiste. Galuten a appelé cette première boucle un tournant, insistante sans être une machine. On entend la coupe si on vous dit qu’elle est là. On n’entend pas un batteur qui s’ennuie. Pour ces mesures, il est un fantôme de lui-même, répété jusqu’à ce que le fantôme devienne la loi.

Ce qui reste, c’est la marche. Stayin’ Alive sonne encore comme une décision prise dans un couloir : les épaules en arrière, le texte qui avoue, le groupe qui refuse de ralentir. La France a écrit l’inquiétude. Miami a bouclé le courage. Le film a emprunté les deux et est devenu, un temps, la définition d’un samedi. La définition a vieilli. Le pouls, non.

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