Un hymne lent sur le troisième disque, pour un ami mort en juillet
Le 12 juillet 1996, Jonathan Melvoin meurt d’une overdose d’héroïne dans un hôtel de New York. Il a 34 ans. Il a joué des claviers dans la formation live de The Family, et on l’entend sur Around the World in a Day et Parade. Ses sœurs sont Wendy et Susannah Melvoin. Dans les semaines qui suivent, Prince est à Paisley Park sur The Love We Make, un morceau lent qui dit l’aiguille et la cuillère sans détour.
Prince Vault situe la prise de base entre la mi-juillet et le début d’août 1996 aux Paisley Park Studios de Chanhassen, probablement le même jour que The Divine. Prince chante et joue les instruments. Kathleen Dyson ajoute la guitare, le seul autre nom sur l’enregistrement. Ce n’est pas un single. C’est le titre 11 du troisième disque d’Emancipation, 4 minutes 38, dans le triple album sorti le 19 novembre 1996 sur NPG Records via EMI.
Emancipation est son troisième album en magasin cette année-là, après la bande originale de Girl 6 en mars et Chaos and Disorder en juillet, dernier disque Warner Bros. Le contrat est fini. Chaque disque est calé autour de 60 minutes, 36 titres en tout. The Love We Make voisine avec My Computer, une reprise de One of Us de Joan Osborne, et le titre éponyme. Prince Vault rapporte qu’il a décrit ce morceau comme une façon de parler à l’esprit d’un ami perdu à cause de la drogue. Le texte n’imprime pas le nom de Melvoin. La consigne du refrain est assez précise.
Put down the needle, put down the spoon.
(The Love We Make, 1996)

Le concert de sortie à Paisley Park, le 12 novembre 1996, passe en direct sur MTV, VH1 et BET en même temps. La demi-heure s’appuie sur Jam of the Year, Get Yo Groove On et One of Us, avec un New Power Generation à quatre: Kirk Johnson, Rhonda Smith, Morris Hayes et Kat Dyson. The Love We Make n’est pas dans ce set. Il reste un titre d’album. Sur scène il revient plus tard, et seulement de temps en temps, d’un House of Blues à Las Vegas le 31 janvier 2004 jusqu’à un second show à Oakland le 28 février 2016.
Ce qu’on entend est une ballade mid-tempo: une batterie simple, la guitare de Dyson dans les trous, et un refrain qui répète une consigne. Dyson venait d’entrer dans le NPG comme guitariste. Sa partie ici est un soutien, pas un solo. Pas de classement, pas de clip. Le reste d’Emancipation parle beaucoup de Mayte Garcia, épousée en février, et de la fin du contrat Warner. Ce titre est l’autre fait de 1996. Le même enregistrement se retrouvera sur Anthology: 1995-2010. Le morceau, lui, est la prise de novembre 1996: un ami nommé dans la pièce, pas sur l’étiquette.