Une trompette qui sourit à une ligne seule
Une guitare acoustique ouvre la porte sur une figure espagnole, claire et un peu formelle, puis les trompettes arrivent comme une parade qui se serait trompée de rue et serait entrée dans une chanson d’amour.
Bryan MacLean écrit Alone Again Or pour Love, et la termine à l’été 1967 pendant que le groupe enregistre Forever Changes à Sunset Sound, à Hollywood. Bruce Botnick et Arthur Lee produisent. David Angel arrange les cordes et les cuivres. MacLean l’avait orienté vers Rimski-Korsakov et vers une ligne baroque sous la trompette, et Angel a écrit les notes. Le chant est partagé. Lee, qui mène le groupe et écrit presque tout l’album, prend la chanson avec MacLean, et le mélange rend la solitude presque mondaine. Le texte dit qu’il sera de nouveau seul ce soir, et l’arrangement refuse d’être d’accord. Il continue de sourire. L’album sort en novembre 1967. Le single, écourté, effleure à peine les classements. La pièce d’ouverture n’en avait pas besoin.
MacLean a dit plus tard que les mots ne prétendaient pas arrêter le monde. Des amis se moquaient de la ligne sur les gens, le plus grand des plaisirs. Il a aussi dit que l’arrangement orchestral de cette chanson était ce qui l’avait rendu le plus heureux de tout ce que le groupe avait fait. On entend le bonheur et la contradiction dans la même mesure. La guitare acoustique qui commence le disque revient à la fin, plus petite, et le sourire des trompettes a un endroit où rentrer. La voix de Lee, plus sèche que celle de MacLean, empêche la chanson de partir en costume. Sunset Sound, cette saison-là, coupait aussi des disques plus durs, plus étranges. Celui-ci a choisi l’élégance, et un peu d’effroi dessous.
C’est ce qui m’a rendu le plus heureux de tout ce que nous avons fait comme groupe, l’arrangement orchestral de cette chanson.
(Bryan MacLean)
Le disque s’est peu vendu, puis a refusé de disparaître. Des générations plus tard ont trouvé Forever Changes comme une pensée complète, pas un single avec une queue, et Alone Again Or en est la porte. Les reprises, celle des Damned parmi d’autres, poussent le rythme et perdent la courtoisie. L’original est poli d’une façon qui semble dangereuse, Los Angeles à la fin de 1967, un groupe déjà en train de se défaire, habillant une peur privée de cordes. La production de Botnick laisse l’orchestre net. Rien n’est enterré pour sonner moderne. La chanson fait confiance à l’arrangement dont MacLean était fier.
Ce qui reste, c’est le petit mot du titre, or. Seul de nouveau, ou bien quoi. La phrase ne finit pas, et la musique si, magnifiquement, et c’est la tension. Un homme qui attend quelqu’un, une section de trompettes qui semble avoir de meilleurs plans, une guitare qui sait que la soirée finira comme elle a commencé. Love n’est pas resté ensemble assez longtemps pour devenir le groupe que cet album promettait. La piste ne s’excuse pas. Elle ouvre la porte, laisse entrer la parade, puis admet, d’une voix qui ne se haussera pas, que ce soir sera comme les autres.