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Can I Kick It? – A Tribe Called Quest

Une ligne de basse que Lou Reed a décidé de garder, et de facturer

La contrebasse ne se presse pas, parce qu’elle a déjà fait sa marche sur un autre disque. Walk on the Wild Side de Lou Reed prête à Can I Kick It? une flânerie, et A Tribe Called Quest traitent le prêt comme une pièce où on les autorise à se tenir. Q-Tip demande. La réponse revient, yes, you can, de Phife et d’un refrain qui a le poids d’une poignée de main. Rien dans le morceau n’élève la voix. Des samples de jazz et une caisse patiente gardent l’après-midi long. La question n’est pas un défi. C’est une salutation, du genre qu’on peut répéter jusqu’à ce que tout le pâté ait répondu.

La chanson vit sur People’s Instinctive Travels and the Paths of Rhythm, le premier album, paru en 1990 et produit par le groupe lui-même, en grande partie enregistré aux Calliope Studios de New York. Q-Tip prend le premier couplet, Phife Dawg le second, dix-neuf ans et encore en train de grandir dans une voix dont il grincerait plus tard des dents, la trouvant trop haute. Ali Shaheed Muhammad tient les poches. Le sample était la porte et la facture. Phife a dit à Rolling Stone en 2015 que Jive ne l’avait pas clearé proprement, et que Reed, au lieu de dire non, a dit qu’ils pouvaient s’en servir s’il prenait tout l’argent. Publishing, royalties, le paquet. À ce jour, a dit Phife, ils n’avaient pas vu un centime. Il n’en voulait pas à l’accord. C’était le travail de Reed. La faute du label, pensait-il, et la bonne nouvelle était qu’ils n’étaient pas poursuivis. Il aurait pu ne pas y avoir de chanson.

À la radio la poignée de main a voyagé plus loin qu’un premier album de cette patience n’était censé le faire. L’appel et la réponse sont devenus un test qu’on pouvait faire à un inconnu. En concert, Tip et Phife se passaient la question comme un ballon, Jarobi dans les premières salles, la basse faisant le travail de Lou sans le récit de Lou. Le wild side, dans cette version, est un endroit où l’on est invité à kick it, c’est-à-dire à traîner, pas à se confesser. Tout l’argument de début de Tribe est dans cet échange : un hip-hop que les épaules pouvaient accepter, encore dense de références, encore à eux dans la rime même quand l’argent ne l’était pas.

Au lieu que Lou Reed dise, vous ne pouvez pas vous en servir, il a dit, vous pouvez vous en servir, mais je prends tout l’argent. À ce jour, nous n’avons pas vu un centime de cette chanson.

(Phife Dawg, Rolling Stone, 2015)

La grâce de Phife au sujet de la facture fait partie de l’après-vie du disque. Il était reconnaissant que la porte s’ouvre, honnête sur le péage, et peu disposé à prétendre que le péage était juste de la façon qu’un jeune groupe peut se permettre. La chanson a lancé un crossover dont les morceaux plus étranges de l’album n’avaient pas besoin. Des auditeurs qui n’avaient jamais entendu Reed connaissaient quand même la question. Ceux qui connaissaient Reed entendaient une phrase neuve sur une vieille marche, ce qu’est le sampling quand il fait plus que décorer.

Ce qui reste, c’est le oui. Can I Kick It? fonctionne encore comme une salutation, vingt-cinq ans après la mort de celui qui la disait, et plus longtemps après que l’homme qui possédait la basse a pris le chèque. La flânerie ne sait rien du contrat. Le contrat est la raison pour laquelle la flânerie a pu quitter le studio. Les deux faits ont leur place dans la pièce.

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