Bienvenue dans le monde des chroniques objectivement subjectives
 

George Michael – Une voix pop au climat privu00e9

Le micro et la pièce fermée

Le jean blanc et la guitare de juke-box étaient un costume. La voix en dessous, non. Quand Faith arrive en octobre 1987, Georgios Kyriacos Panayiotou, né à Bushey le 25 juin 1963 et connu sous le nom de George Michael, a déjà écrit un standard encore adolescent. Careless Whisper, esquissé à dix-sept ans dans un bus et publié en 1984, porte une ligne de saxophone que les bus de nuit ont l’air de connaître encore. Wham!, le duo avec Andrew Ridgeley, avait fait de Wake Me Up Before You Go-Go et de Last Christmas un bien public. L’album solo est le moment où il garde la mélodie et change la température.

Faith est un disque pop qui se conduit comme une suite de décisions privées prises en public. I Want Your Sex se fait interdire dans des endroits qui avaient chanté Wham! sans écouter. Father Figure ralentit le pouls jusqu’à ce que le désir sonne comme un soin. One More Try est une architecture de gospel bâtie pour une radio qui voulait d’habitude trois minutes et un clin d’œil. Il produit, il arrange, il empile les harmonies lui-même. La barbe de trois jours et le cuir étaient l’affiche. Le chant, pris de près et presque réticent en haut d’une phrase, était le travail.

Le succès à ce volume a une facture. Listen Without Prejudice Vol. 1, en septembre 1990, ouvre sur Praying for Time et refuse le cuir. Freedom! ’90 est un tube qui discute avec la machine à tubes: le clip met des mannequins à sa place et garde son visage dehors. Il attaque Sony en justice, au motif que le contrat bride les chansons qu’il veut encore écrire. Il perd en 1994. L’affaire se raconte souvent comme le caprice d’une star. Lue contre les disques, c’est un chanteur qui essaie de posséder le tempo de sa propre voix.

Le deuil réorganise l’album suivant plus brutalement qu’aucun tribunal. Anselmo Feleppa, son compagnon, meurt en 1993. Older, publié en mai 1996, est le son de ce fait. Jesus to a Child n’élève pas la voix. Fastlove glisse une piste de danse sous un homme qui n’est pas sûr de vouloir y rester. Les tempos restent bas. Les cordes ne gonflent pas pour le triomphe. C’était encore un objet commercial, et c’était aussi, sans ambiguïté, un disque de deuil qui refusait de déguiser le deuil en spectacle.

Les années d’après Older n’ont pas rangé l’histoire publique, et il a cessé de faire semblant. En 1998 il est arrêté dans un parc de Beverly Hills; le single Outside répond par une blague disco qui est aussi un refus de s’excuser de la vie. Il chante avec Mary J. Blige, avec Mutya, avec Elton encore. Il donne White Light, joue la cérémonie de clôture des Jeux de 2012, et traite encore un public de télévision comme si le vrai travail était la note tenue, pas l’occasion. La tournée Faith avait déjà montré, à la fin des années quatre-vingt, qu’il pouvait porter une arène avec une ballade et une boîte à rythmes et avoir l’air vaguement las de l’échelle. La lassitude, chez lui, était une sorte d’exigence. Il ne gonflait pas une chanson pour qu’elle aille à la salle.

Il continue d’écrire en public et de vivre de biais par rapport à la publicité. Patience en 2004, le duo Don’t Let the Sun Go Down on Me avec Elton John, les concerts surprise, les chansons données. Les tabloïds prennent ce qu’ils peuvent. La voix, quand il la laisse sortir, a encore ce grain de 1984: un phrasé soul dans une bouche pop anglaise, précis sur la douleur, peu disposé à crier quand une note tenue suffit. Il meurt chez lui à Goring-on-Thames le 25 décembre 2016, à cinquante-trois ans.

Ce qui reste, une fois le costume plié, c’est un chanteur qui a compris que la pop pouvait porter une pièce fermée à l’intérieur d’un refrain. Careless Whisper arrête encore une salle parce que la mélodie a été finie tôt et n’a jamais eu besoin du cuir. Le climat de cette voix était privé. Il a voyagé quand même.

Post Tags
Share Post
No comments

LEAVE A COMMENT