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Only Shallow – My Bloody Valentine

Un flou qui a un pouls

La première guitare n’annonce pas un riff. Elle arrive comme un temps, une tache claire qui semble plier pendant qu’on la frappe encore, et seulement alors on remarque une voix dedans, proche et presque plate, qui dit quelque chose de tendre que la distorsion ne vous laissera pas tout à fait garder. Only Shallow est une chanson d’amour entendue à travers un mur d’air en mouvement. La batterie est nette, presque ordinaire, et c’est la cruauté et la blague. Tout le reste refuse de s’asseoir sur la grille à laquelle la caisse claire croit.

Kevin Shields produit Loveless, sorti chez Creation le 4 novembre 1991, dans une suite de studios londoniens en 1990 et 1991, Alan Moulder assurant l’ingénierie d’une grande part du disque. Bilinda Butcher chante le lead d’Only Shallow, un timbre soufflé même quand elle ne chuchote pas, pendant que la glide guitar de Shields, un bras de vibrato lâche tenu dans la main qui gratte, fait la fonte. Colm Ó Cíosóig est malade pendant une grande partie des sessions. Sa batterie est échantillonnée à partir d’une courte rafale de jeu, puis reconstruite, ce qui explique que le beat semble à la fois humain et légèrement étrange. Shields insistera plus tard : le brouillard fameux n’est pas une pile de cent guitares. Les morceaux sont simples. Le dégât est dans la façon dont une ou deux d’entre elles bougent.

En concert, le groupe joue à un volume qui transforme le refrain en événement physique. Les gens restent immobiles parce que danser aurait menti sur ce que le son faisait à la poitrine. La voix de Butcher, à moitié enfouie sur le disque, devient une forme que l’on suit plutôt qu’un texte que l’on collectionne. La chanson ne se résout jamais dans le cliché shoegaze qu’elle a aidé à inventer. Elle reste précise : une batterie, une voix, et une guitare qui ne tient pas une note assez longtemps pour qu’on l’admire.

The average My Bloody Valentine track is about one or two guitar tracks: less than a White Stripes or Cramps record.

(Kevin Shields, Magnet, 2007)

La dépense est devenue une légende, et la légende a gêné. Shields a dit à Melody Maker en novembre 1991 que l’album lui-même avait coûté environ cent mille livres, payées au fur et à mesure, ce qui suffisait déjà à effrayer un label indépendant, sans le dessin de faillite que certains préféraient. L’argent a acheté du temps pour refuser l’effet facile. Pas de pédale chorus à la place d’une main. Le bras de vibrato est la composition.

Ce qui reste, c’est le choc de la pop dans le flou. Only Shallow a un couplet, une montée, une mélodie que l’on peut fredonner dès que le bruit s’écarte une demi-mesure. C’est pour cela qu’elle a survécu à la scène qui lui a emprunté la coupe de cheveux. La chanson n’est pas une machine à brouillard. C’est une ballade qui a appris à se cacher, puis a décidé que la cachette était le sentiment.

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