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Moog Minimoog – La voix du synthé incarnée

Trois oscillateurs et une voix qu’on pouvait tenir

Avant le Minimoog, un synthétiseur était un mur. Les systèmes modulaires de Robert Moog demandaient des câbles, de la patience et un studio qui pouvait céder le sol. En 1970, le Model D est arrivé de Trumansburg, dans l’État de New York, assez petit pour se fermer comme une valise et assez rude pour se jouer d’une main sur la molette. Bill Hemsath et Moog, avec Jim Scott, avaient bâti un instrument monophonique : trois oscillateurs, un filtre en échelle, pas de câbles. On tournait un bouton et une voix se penchait.

Il n’était pas poli, et c’était le sujet. Keith Emerson en a pris un sur scène comme un soliste avec du caractère. Stevie Wonder, avec Malcolm Cecil et Robert Margouleff et leur système TONTO, a plié le Minimoog dans Music of My Mind et Talking Book en 1972, des lignes de basse qui marchaient comme une personne. Bernie Worrell, de Parliament, s’en est servi comme d’une section de cuivres qui aurait appris à sourire. Le filtre n’imitait pas une trompette. Il en suggérait une, puis allait là où une trompette ne peut pas.

Are ‘Friends’ Electric? et Cars de Gary Numan, en 1979, ont fait du Minimoog un visage public de la nouvelle pop britannique, aux côtés du Polymoog. Le portamento, ce glissement entre les notes, sonnait comme une ville de nuit qui décide de parler. Herbie Hancock, Chick Corea, Jan Hammer et Rick Wakeman ont chacun trouvé un animal différent dans les mêmes trois oscillateurs. Sun Ra traitait déjà le Moog comme un vaisseau. Aucun ne programmait une culture de presets. Le Model D en avait à peine.

Environ douze mille ont été construits avant l’arrêt de la production en 1981. Ils étaient chers, instables si la pièce chauffait, et incapables d’accords. Ces limites sont devenues un style. Un synthé monophonique force une ligne, comme un chanteur est forcé à une seule bouche. Basse funk, solos prog, accroches froides de la synth-pop : ce sont des notes seules lestées par ce filtre en échelle, vingt-quatre décibels de pente, le son d’une porte qui se ferme sur les harmoniques.

Les producteurs ont gardé les machines longtemps après le silence de l’usine. La basse Minimoog est sous des disques qui ne la nomment pas, un grave rond que les samples ont ensuite essayé de voler. Quand Moog Music a remis le Model D en production en 2016, ce n’était pas la nostalgie d’une couleur. C’était le retour d’un instrument dont on avait encore besoin, parce que rien d’autre ne se penche tout à fait pareil quand on bouge la molette.

Dire que c’est la voix du synthétiseur faite chair n’est pas un slogan. C’est une question d’échelle. Le mur de modules est devenu quelque chose qu’une personne pouvait poser sur un stand de piano et contredire. Wonder, Emerson, Worrell, Numan : des pièces différentes, la même boîte, un son qui respire au bord de la note. Le futur, en 1970, s’est révélé portable, monophonique, et légèrement vivant.

On le reconnaît encore les yeux fermés, dans cette inclinaison juste avant que la note se décide.

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