Une intro de guitare est une signature qu’on entend avant que le chanteur ait mérité un mot. Ces dix-là arrêtent encore une pièce.
10Black Sabbath – “Iron Man” Les pas de Tony Iommi et le piétinement à deux notes ouvrent Paranoid comme une porte d’usine. Le riff est sorti d’une main abîmée et d’une SG désaccordée, et il sonne encore comme quelque chose qui marche vers vous. Trois notes, et la pièce connaît déjà le nom.
9Chuck Berry – “Johnny B. Goode” L’intro de 1958 est toute la grammaire de la guitare rock, doublée par le piano de Johnny Johnson jusqu’à ne faire qu’un moteur. Berry a écrit un garçon de la campagne qui savait jouer, puis il a joué la preuve. Chaque guitariste qui commence par cette montée cite une lettre.
8The Kinks – “You Really Got Me” Dave Davies a lacéré le cône de son haut-parleur au rasoir, et le single de 1964 est sorti en grognant. Le riff, ce sont deux accords et une rancune. C’est aussi la porte que le garage, le punk et beaucoup de metal ont ensuite poussée sans frapper.
7Jimi Hendrix – “Purple Haze” Le triton en tête d’Are You Experienced est une mauvaise note devenue la bonne. Hendrix l’a enregistré à Londres en 1967, avec Noel Redding et Mitch Mitchell, et l’intro soulève encore le plafond. On ne la fredonne pas. On sursaute, puis on sourit.
6AC/DC – “Back in Black” Angus et Malcolm Young ont écrit le riff dans les semaines après la mort de Bon Scott, et le titre de 1980 s’ouvre comme une cloche dans un parking. Brian Johnson n’avait pas encore le mythe. La guitare, si. C’est un deuil avec un backbeat, sans excuse.
5Led Zeppelin – “Whole Lotta Love” Le riff de Jimmy Page sur Led Zeppelin II, en 1969, est une seule figure qui rend le reste inévitable. Le thérémine vient après. L’intro suffit. C’est le son d’un groupe qui décide que l’espace, pas la vitesse, est la menace.
4Nirvana – “Smells Like Teen Spirit” Quatre accords, calme puis fort, enregistrés avec Butch Vig pour Nevermind en 1991. Kurt Cobain disait vouloir écrire une chanson des Pixies. L’intro est devenue la sonnette de la décennie. On entend la figure claire et les épaules connaissent déjà le crash.
3Guns N’ Roses – “Sweet Child O’ Mine” Slash a dit que la figure d’ouverture était un exercice de doigts, une blague en répétition, avant qu’Appetite for Destruction en 1987 n’en fasse une signature. La Les Paul monte comme une question. Trop passée, oui. Imbattable comme bonjour.
2The Rolling Stones – “(I Can’t Get No) Satisfaction” Keith Richards s’est réveillé avec le riff, l’a mis sur cassette, et le single de 1965 a placé une pédale Maestro fuzz là où il aurait pu y avoir des cuivres. L’intro est une plainte sur laquelle on danse. Soixante ans après, le fuzz sonne encore comme une rancune.
1Deep Purple – “Smoke on the Water” La figure à quatre notes de Ritchie Blackmore a été écrite après l’incendie du Casino de Montreux, en décembre 1971, pendant le concert de Frank Zappa que Machine Head a changé en paroles. Le riff est trop simple pour avoir duré. Il a duré plus que le bâtiment. Fredonnez deux notes, un inconnu finit la phrase.