Homem-Christo prend la chaise
En février 2008, Sexuality sort chez Record Makers et Lucky Number : troisième album studio de Sébastien Tellier, et le premier avec un producteur extérieur aux commandes. Guy-Manuel de Homem-Christo de Daft Punk prend le fauteuil, avec Eric Chédeville en co-production. Le brief est clair : de l’électronique qui se comporte comme du R&B intellectuel, une séduction à tendance latine sans vulgarité de club, basse douce et pads brillants plutôt qu’un manifeste dancefloor.
Le partenariat a un début concret. Pendant Daft Punk’s Electroma, le duo avait demandé à utiliser « Universe » de Tellier. Quand Homem-Christo est invité à produire Sexuality, il accepte aussitôt et dira plus tard que Tellier est peut-être le meilleur chanteur et compositeur de France. On entend cette confiance dans le mix : voix assez sèches près du micro, tempos lents, mélodies intimes. « Roche » ouvre le disque. « Kilometer » et « Elle », coécrits avec Homem-Christo, poussent le vocabulaire French Touch vers un rythme de chambre. « Look » reste vigilant ; « Sexual Sportswear » dure environ sept minutes ; « Divine » concentre paillettes et refrain teinté gospel dans un hymne court qui emmènera bientôt la France à l’Eurovision.
Ce qui tient Sexuality, c’est la retenue. Tellier dit vouloir une séduction italienne ou latine, le grand amoureux au cœur brisé, et il tient paroles et groove loin du choc facile. La pochette rend la thèse littérale : un corps traité comme un paysage, un minuscule cavalier sur un horizon de chair sous un ciel violet-orangé. Onze titres, environ cinquante minutes, presque aucune précipitation. Lignes de synthé, chant murmuré, polish qui ne gèle jamais les prises.
C’est très électronique et genre R&B intellectuel, mais pas dans le sens de Beyoncé ou Justin Timberlake. Je voulais une musique qui excite sexuellement dans un sens italien ou latin ; le grand séducteur au cœur brisé… J’ai essayé de tenir la vulgarité à l’écart du sexe et de ma musique.
(Sébastien Tellier, à propos de Sexuality, Record Makers)

Sorti vers le 25 février 2008, l’album côtoie la French Touch sans devenir une campagne club. « Divine » part à Belgrade comme candidature française à l’Eurovision ; « L’Amour et la violence » referme le cycle. La critique entend un concept soft-focus ; les auditeurs s’en servent comme musique de casque tardive, avec un crédit producteur clair et une humeur claire.
On revient à Sexuality et les faits tiennent : la programmation calme d’Homem-Christo, le murmure bas de Tellier, une pochette corps-paysage qui ne cligne pas pour le scandale. Le désir ici, c’est arrangement et tempo, pas un cri. L’album reste l’un des liens les plus étranges et les plus tendres entre l’orbite Daft Punk et un auteur français qui a traité le sexe comme humeur, mélodie et mystère soigneusement gardé.