Glam Visconti qui plante le riff
En septembre 1971, Fly Records sort Electric Warrior, l’album de T. Rex produit par Tony Visconti après que Marc Bolan a raccourci le nom du groupe et branché le duo folk sur un vrai groupe rock. Mickey Finn reste aux percussions. Steve Currie arrive à la basse, Bill Legend à la batterie. La silhouette de pochette, Bolan devant une pile d’amplis, dit déjà ce que le titre promet : les années acoustiques Tyrannosaurus Rex sont finies.
Les sessions passent surtout à Trident et Advision à Londres, Visconti cherchant un mix sec et percutant. Mambo Sun ouvre sur un riff sec et la voix enroulée de Bolan. Cosmic Dancer ralentit le pouls sans perdre la swagger glam. Jeepster monte une ligne façon Chuck Berry vers un refrain radio ado. Get It On, sorti aux États-Unis sous le titre Bang a Gong (Get It On), verrouille un riff simple, des claquements de mains et une voix qui refuse de tenir en place. Sur tout le disque, la guitare de Bolan reste claire et un peu sale ; la batterie frappe court ; les cordes ajoutées par Visconti n’enterrent jamais le groove.
Le packaging vend le nouveau T. Rex comme une machine pop, pas comme un reste hippie. Boucles de Bolan, paillettes, titres courts : tout vise les charts. Au Royaume-Uni, l’album prend la tête et y reste des semaines. Get It On passe n°1 en single. Aux États-Unis, le single renommé entre dans le Top 10 et donne à Bolan une prise qu’il ne retrouvera pas vraiment avec les albums suivants.
Bolan a déjà marqué avec Ride a White Swan et le nom raccourci en 1970. Electric Warrior verrouille la formule : durées courtes, blagues sexuelles à moitié déguisées en discours cosmique, et Visconti qui exige que les guitares percent la radio AM. Flo and Eddie rejoindront plus tard les harmonies live autour de cette époque ; sur l’album, le centre vocal reste Bolan, légèrement derrière le beat, vendant chaque boucle de phrase.
Je voulais juste faire du rock and roll. C’est tout ce qu’est Electric Warrior.
(Marc Bolan sur l’intention de l’album)

La critique entend le virage tout de suite : mysticisme folk échangé contre boogie et crochets. Plus tard, on appellera le disque un blueprint glam, mais en 1971 il sonne simplement comme un groupe qui a trouvé son volume et ses blagues en même temps. La prod de Visconti laisse la pièce audible. Rien ne se dissout dans un brouillard psychédélique.
Ce qui tient, c’est l’économie. Dix titres, peu de mesures perdues, un chanteur qui traite chaque syllabe comme un geste de scène. Electric Warrior documente Bolan décidant que pop ado et swagger rock peuvent partager la même bande. Le Ziggy de Bowie arrivera des mois plus tard et réécrira le livre des costumes ; cet album a déjà les riffs et la preuve charts. Enchaînez Get It On et Jeepster : on comprend pourquoi l’Angleterre a cédé en premier.
Les albums T. Rex suivants courent après le même glitter avec des retours charts en baisse. Celui-ci tient parce que les chansons refusent de dépasser le riff. Les photos mode glam de l’époque datent ; le backbeat de Lean Woman Blues et les claquements de Get It On, non.