Casa Babylon, 1994 : après Cargo 92 et le train colombien
En mai 1994, Mano Negra sort Casa Babylon chez Virgin France, leur quatrième et dernier album studio. Señor Matanza est la piste 4, écrite par Manu Chao avec le groupe et dure environ quatre minutes. Une grande partie du disque est enregistrée au Studio Ornano à Paris, avec d’autres sessions à Cologne, New York et Buenos Aires. À la sortie, le groupe s’est déjà fissuré après Cargo 92 et la tournée en train en Colombie que Ramon Chao documentera. Le single part quand même avec la voix de Manu Chao au centre.
Le texte nomme une figure qui possède le taxi, les coups de feu, la terre, le paramilitaire, le fédéral, l’école et le mont-de-piété. "Matanza" veut dire massacre. Ce n’est pas le portrait d’un seul chef nommé, plutôt une carte de la façon dont pouvoir, drogue et silence verrouillent une ville. L’arrangement mélange rythme latino, guitare rock et apartés parlés dans le style patchanka du groupe depuis la fin des années 1980 : paroles en espagnol, bruits de rue, pas de frontière polie entre les genres.
François Bergeron réalise le clip sur place en Colombie avec Manu Chao. L’image traite le titre comme un court métrage plutôt que comme une pantomime de scène. Fidel Nadal figure parmi les invités de l’album. D’autres titres de Casa Babylon comme Santa Maradona et Viva Zapata partagent le même mélange tardif de politique, football et bribes de radio. Les crédits d’album listent encore Antoine Chao, Santiago Casariego, Philippe Teboul, Daniel Jamet, Joseph Dahan, Thomas Darnal et Pierre Gauthé à côté de Manu Chao, même si plusieurs ont déjà quitté la route. Le refrain en espagnol aide le titre à circuler à la radio latino-américaine après la fin effective du groupe français.
Esta ciudad es la propiedad del señor Matanza.
(Mano Negra, paroles de Señor Matanza, Casa Babylon, 1994)

Ska-P reprendra le morceau sur l’album hommage Mano Negra Illegal. Manu Chao continue de le chanter sur la tournée La Ventura après la fin du groupe. On l’entend aussi dans le film Escobar de Fernando León de Aranoa (2017). Ces vies secondaires confirment à quel point le titre reste collé au débat politique latino-américain ; elles ne remplacent pas l’enregistrement Virgin de 1994. Le mélange patchanka de punk, salsa et dub s’entend dans les accents de guitare et les apartés parlés ; Señor Matanza est le centre politique d’un album qui sonne déjà comme le prochain chapitre solo de Chao.
Écoutez la prise album Casa Babylon. C’est le dernier grand geste studio de Mano Negra : Chao mixe déjà presque seul dans une direction qui annonce ses disques solo, pendant que le nom du groupe couvre encore un orchestre de rue multinational qui vient de s’épuiser sur la route.
Jules M. | 12 octobre 2026
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C’est le morceau que je mets pour tester des enceintes. Mano Negra ment jamais. Biais de fraîcheur possible, je m’en fiche aujourd’hui.
Hélène | 13 octobre 2026
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La basse de Senor Matanza porte tout le reste. Le reste c’est du décor.
Harold | 13 octobre 2026
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Première fois que j’ai entendu Senor Matanza: un CD brûlé. Les griffures sont encore dans ma tête. J’en ai parlé à un collègue, il a haussé les épaules. Tant pis.
Paulo | 14 octobre 2026
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La radio m’a tué Senor Matanza pendant des années. Revenu le mois dernier. Débile d’avoir attendu. Les vieux forums étaient fous sur ce sujet. Bisous la dispute.
Mike B. | 15 octobre 2026
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Pas d’accord mais respect.
Olivier | 15 octobre 2026
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Les gens sous-estiment à quel point Senor Matanza est bizarre. L’article le dit bien. Les vieux forums étaient fous sur ce sujet.