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The Smiths – Romance, riffs et mélancolie anglaise

Un lit, un riff, et aucun désir d’être aimé

En mai 1982 Johnny Marr est monté jusqu’à la porte de Steven Morrissey, à Stretford, avec une proposition et une pile de disques. Manchester avait déjà du bruit. Ce qu’elle a eu, en quelques mois, c’est un groupe qui sonnait comme une bibliothèque en dispute avec un juke-box. La basse d’Andy Rourke et la batterie de Mike Joyce se sont verrouillées derrière eux. Le nom était simple exprès. The Smiths. Quatre personnes, pas de costume sauf les fleurs que Morrissey balancerait plus tard, et un refus de sonner américain.

Rough Trade a sorti Hand in Glove en mai 1983, un single qui sentait l’urgence des chambres et avait déjà tout l’argument : l’accord clair de Marr, la vantardise solitaire de Morrissey. This Charming Man, en octobre, produit par John Porter, a mis le groupe à la télévision britannique et a rendu le riff célèbre avant l’album. Le premier disque, The Smiths, est arrivé en février 1984. Hatful of Hollow, en novembre, a rassemblé les sessions radio que beaucoup de fans traitent encore comme le vrai premier album. Les chansons étaient courtes. Les sentiments, non.

Meat Is Murder, en février 1985, est allé numéro un au Royaume-Uni. Le titre est un sermon. Le reste est plus dangereux parce qu’il est accrocheur : The Headmaster Ritual, Barbarism Begins at Home, un groupe capable d’écrire un refrain et de s’en servir pour accuser une école. Le végétarisme de Morrissey n’était pas une pose collée. C’était le même refus qui traversait les textes, une détestation de la cruauté déguisée en vie ordinaire. Les guitares de Marr restaient mélodiques, ce qui empêchait le sermon de devenir un cours.

The Queen Is Dead, en juin 1986, est le disque où la contradiction culmine. Le titre est un sprint. There Is a Light That Never Goes Out est un souhait de mort chanté comme une valentine. Bigmouth Strikes Again, The Boy with the Thorn in His Side, Cemetry Gates avec sa faute d’orthographe laissée telle quelle : Marr et Morrissey, Stephen Street à la console, ont fait un album drôle, grand et le cœur brisé dans la même mesure. La mélancolie anglaise, dans leurs mains, n’était pas un brouillard. C’était un riff avec une chute.

Strangeways, Here We Come est sorti en septembre 1987, après que Marr était déjà parti. Ils l’avaient enregistré au printemps comme si l’association avait encore un avenir, et les chansons, Girlfriend in a Coma, Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, I Started Something I Couldn’t Finish, sonnent comme des gens qui savent que la porte se ferme et qui continuent d’écrire. C’est le dernier album studio. Il ne sonne pas comme une défaite. Il sonne comme un groupe à court de façons d’être dans la même pièce.

La séparation a été laide, comme le sont les séparations quand les chansons sont aussi bonnes. Morrissey a ouvert une carrière solo avec Viva Hate en 1988. Marr a joué avec Electronic, avec The The, plus tard avec Modest Mouse et The Cribs, un guitariste qui a refusé de devenir le musée d’un seul groupe. En 1996 Mike Joyce a gagné un procès en High Court sur les royalties contre Morrissey et Marr. La musique s’est moquée du jugement. Les chansons ont continué d’être apprises par des gens qui n’étaient pas nés quand This Charming Man était un 12 pouces neuf.

Andy Rourke est mort le 19 mai 2023. Les lignes de basse, autrefois citées en troisième, ont soudain sonné comme la colonne qu’elles avaient toujours été. La batterie de Joyce, la mélodie de Rourke, les guitares harmoniques de Marr, la diction de Morrissey : les quatre parties ne marchaient que parce qu’aucune n’acceptait d’être le fond. C’est la romance. Pas les fleurs, pas les coiffures, le fait qu’un groupe pop aussi tendu ait pu écrire des chansons aussi tendres.

Ce qui reste est un catalogue court et un écho long. Cinq ans, quatre albums studio, une pile de singles, et une façon d’être anglais que des groupes plus tardifs ont empruntée sans pouvoir tout à fait la feindre. La mélancolie est réelle. Le riff aussi. On entend encore les deux dans la première mesure de How Soon Is Now?, le trémolo qui sonne comme un lampadaire, et on sait exactement dans quelle pièce on est entré.

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