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Time After Time – Cyndi Lauper

Un titre emprunté à un programme télé

Une batterie douce et une figure de clavier commencent comme une horloge dans une autre pièce, et la voix de Cyndi Lauper entre sans costume, allongée, à l’écoute, promettant déjà de rattraper quelqu’un s’il tombe.

Elle écrit Time After Time avec Rob Hyman des Hooters à la fin des séances de She’s So Unusual, au Record Plant de New York, Rick Chertoff à la production. Les autres singles, les drôles, sont déjà en boîte. Chertoff veut une chanson de plus. Hyman s’assoit au piano. Lauper a un titre vu dans TV Guide, un film de science-fiction de 1979, et elle le veut comme bouche-trou, quelque chose à chanter en attendant un vrai nom. Chaque fois qu’elle essaie de l’ôter, la chanson s’effondre. Le texte vient de leurs deux relations blessées, une valise de souvenirs, une horloge cassée et remplacée par une plus bruyante, la trotteuse qui se déroule. Hyman joue et chante l’harmonie qu’on entend. Le single sort en 1984 et va au numéro un en Amérique. C’est la ballade qui empêche de la classer parmi les gadgets.

Elle a raconté à la Bibliothèque du Congrès la magie pratique de la chose. Le titre était un film dans un magazine. Elle ne comptait pas le garder. Puis elle n’a pas pu l’enlever. À un moment, a-t-elle dit, c’était comme une main sur l’épaule, et elle a écrit la promesse : si tu tombes, je te rattraperai. Hyman se souvient du refrain plus vite au début, presque reggae, qui ralentit en chose douce-amère quand les mots arrivent. Le disque est presque une première prise, ce qu’on entend à la façon dont sa voix risque une fêlure et ne la répare pas. Chertoff a laissé la fêlure. La pop de 1984 était pleine d’armures. Cette chanson a retiré la sienne.

J’avais ce titre, Time After Time. Je l’ai pris dans un TV Guide, le titre d’un film. Je ne comptais pas vraiment m’en servir. Puis je n’ai pas pu l’enlever.

(Cyndi Lauper, Bibliothèque du Congrès)

D’autres sont entrés ensuite, Miles Davis parmi eux, et ont trouvé un standard caché dans un premier album. Les reprises ont tendance à le ralentir encore, à en faire un night-club. L’original est encore un peu gauche, un peu clair, un studio new-yorkais à la fin d’un long disque, deux auteurs qui perdaient quelqu’un. Lauper la chante en concert comme le moment où le spectacle cesse de plaisanter. Les cheveux peuvent être de n’importe quelle couleur. La promesse reste. Si tu es perdu, tu peux chercher, et tu me trouveras. C’est une grande promesse. La mélodie la rend possible, ce qui est soit un réconfort soit un beau mensonge, et la chanson est assez adulte pour être les deux.

Ce qui reste, c’est l’horloge. Pas le film de science-fiction, que presque plus personne ne relie au refrain, mais la trotteuse du texte, le temps qui avance pendant que deux personnes n’arrivent pas à rester immobiles. La figure de clavier de Hyman est cette aiguille. La voix de Lauper est la personne qui la regarde. Un titre volé à une page de programmes est devenu la chose la plus sérieuse d’un disque que le public croyait une fête. Elle a gardé les chansons drôles. Elle a aussi gardé celle-ci, celle qu’elle a failli renommer, et qu’elle n’a pas pu, parce que le nom était déjà devenu le sentiment.

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