Une question laissée ouverte exprès
Un piano énonce une petite figure adulte, pas encore de batterie, et la voix d’Annie Lennox entre comme si elle était restée assise toute la nuit avec la même phrase et avait enfin décidé de la dire.
Why ouvre Diva, son premier album solo après la pause des Eurythmics, écrit par Lennox, produit par Stephen Lipson, enregistré aux Mayfair Studios de Londres et sorti en 1992. Le single atteint la 5e place en Grande-Bretagne. Sophie Muller réalise la vidéo, Lennox en une série de visages, de perruques, une bouche qui ne se fixe pas sur un masque. Le texte est la fin d’un amour et le refus de ranger cette fin en morale. Elle demande pourquoi, et la chanson ne répond pas, ce qui est la composition. La production de Lipson est lisse et proche, un brillant de 1992 autour d’une ballade au piano qui aurait pu être écrite dans une décennie plus calme. La voix, qui avec Dave Stewart avait souvent été un personnage, est ici simplement une personne. C’était le sens de partir seule.
Elle a décrit la chanson comme la question dont elle avait besoin pour recommencer. Pas de pirouette dans le titre. Why est toute l’enquête, répétée jusqu’à devenir une mélodie. Sur scène elle l’a chantée assise, ou debout très immobile, le contraire des vidéos Eurythmics qui dansaient leur peine. L’immobilité va au texte. Un motif de batterie arrive, poli, et le refrain s’élève sans devenir un cri. Elle n’accuse pas une foule. Elle demande à une personne, et le disque nous laisse entendre. Diva est plein de couleurs plus fortes ensuite. Ceci est la porte, grise, précise, et inoubliable pour cela.
Why est une question qui ne se répond pas. Je me suis assise au piano et la question était la chanson.
(Annie Lennox, entretien, 1992)
On a joué le morceau à des mariages et à des enterrements, ce qui l’amuserait et l’agacerait à parts égales, parce que ce n’est ni un serment ni une oraison. C’est un endroit où l’on est coincé. Les gens coincés reconnaissent le piano. Le film de Muller, avec ses changements de costume, parle de l’identité après un duo, une femme qui essaie des moi. L’enregistrement est plus simple que le film. Une voix, une question, un groupe qui sait ne pas l’encombrer. Lipson, qui avait fait des disques forts, rend celui-ci intime, la voix presque dans le fauteuil de l’auditeur.
Ce qui reste, c’est la mesure sans réponse. La pop vous paie d’ordinaire avec une résolution, un changement de tonalité qui veut dire pardon ou vengeance. Why retient les deux. Lennox, qui peut tout chanter, choisit de ne pas décorer la question jusqu’à en faire une solution. La figure de piano revient à la fin comme au début, un peu plus vieille, pas plus sage. C’est une forme courageuse pour un premier single solo, et elle disait la vérité sur le disque qui suivait. Elle ne rejoignait pas un autre groupe. Elle demandait, en public, ce qui s’était passé, et laissait le silence après le dernier accord faire partie de la réponse.