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One Love Peace Concert 1978 – Bob Marley

Deux mains, une chanson, une lune pleine

National Stadium, Kingston, 22 avril 1978. La Jamaïque est au milieu d’une guerre politique qui ne prend pas la peine de se nommer. Le People’s National Party et le Jamaica Labour Party ont des hommes armés, des quartiers, et un compte de corps. Une trêve, poussée par les rivaux Claudie Massop et Bucky Marshall, a besoin d’un visage que l’île croira. Le visage est en exil. Le 3 décembre 1976 des hommes armés sont entrés au 56 Hope Road et ont tiré sur Bob Marley, sa femme Rita, et son manager. Il est parti. Il revient pour cette nuit, calée sur l’anniversaire de la visite d’Haïlé Sélassié, et qui court de la fin d’après-midi jusqu’à ce que la lune soit haute.

Peter Tosh joue avant lui et utilise le temps mal, c’est-à-dire honnêtement. Il tance les deux leaders assis devant lui, fume sur scène, et passe près de la moitié d’un long set à parler de police et d’herbe. Puis, vers minuit et demi, Marley et les Wailers. Trench Town Rock, War, Natty Dread, Natural Mystic, et Jamming. Pendant Jamming il cesse d’être seulement un chanteur. Il demande Michael Manley et Edward Seaga. Il dit qu’il n’est pas très bon pour parler. Il dit qu’il veut qu’ils se serrent la main et montrent aux gens qu’ils vont s’unir. Ils viennent. Il lève leurs mains jointes. La photographie est celle que le reggae utilise encore quand il veut prouver qu’il s’est tenu, une fois, dans l’histoire plutôt qu’à côté.

Le geste n’a pas arrêté les morts. C’est la phrase adulte, et elle a sa place ici. Un concert n’est pas un traité. Ce qu’il peut être, c’est une salle où les hommes qui profitent d’une guerre doivent se tenir, une minute, dans la même lumière que les gens qui la paient. Marley leur donne cette minute et ne prétend pas qu’elle est plus. La ligne sur la lune, dans l’improvisation, est presque timide. La lune est juste au-dessus de ma tête, et je donne mon amour à la place. La politique a la poignée de main. La chanson garde l’amour, parce qu’il ne fait pas confiance à la poignée pour tenir.

Je veux juste qu’on se serre la main et montrer aux gens qu’on va arranger ça, qu’on va s’unir.

(Bob Marley, One Love Peace Concert, 1978)

Il a déjà ouvert son corps à cette île, et on lui a tiré dessus pour ça. Revenir n’est pas un exercice de marque. Les Wailers derrière lui, le stade ouvert sur la nuit, Rita ayant chanté plus tôt, Tosh ayant refusé d’être poli : l’affiche est un pays qui se dispute en public, avec une section rythmique qui empêche la dispute de n’être que des cris. La gloire internationale du reggae est déjà réelle. Cette nuit est pour les gens qui devront vivre avec le lendemain matin.

Regardez les mains, puis écoutez ce que les mains n’ont pas pu faire. Le concert est fameux parce que la photo est nette. La musique est fameuse parce qu’elle ne l’est pas. Jamming continue de rouler sous le discours, un one-drop qui ne s’arrête pas pour le premier ministre. C’est la morale de la nuit, s’il en faut une. La chanson survit à l’étreinte. L’étreinte valait quand même d’être faite, sous cette lune, dans ce stade, par un homme qui avait une cicatrice à montrer pour la dernière fois qu’il avait essayé.

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