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Master of Puppets – Metallica

Des fils tirés au-dessus d’un champ de croix

En mars 1986, Metallica sort un album sans single d’annonce et une pochette qui dit déjà le sujet : des mains dans un ciel rouge, et un champ de croix blanches tenues par des fils. Master of Puppets ne demande pas à être aimé dans les trente premières secondes de Battery. Il demande à être suivi. Le riff est un couloir. La voix, celle de James Hetfield, est moins une mélodie qu’un rapport livré à toute vitesse. Sorti le 3 mars 1986, chez Elektra, le disque est le troisième d’un groupe qui a décidé que le thrash pouvait porter de la composition, pas seulement de l’impact. Huit chansons. Aucune n’est courte comme la radio le voulait. Toutes sont construites.

Ils l’enregistrent aux Sweet Silence Studios de Copenhague, de septembre à décembre 1985, Flemming Rasmussen à la production avec le groupe. La distance avec la Bay Area compte. Une ville froide, une pièce qu’ils connaissent déjà depuis Ride the Lightning, et assez d’heures pour arranger une musique qui change de tempo comme une histoire change de pièce. Master of Puppets lui-même est la thèse du titre : le contrôle, l’addiction, un refrain qu’on peut crier et une section centrale qui tombe dans quelque chose de presque classique avant que le piège se referme. Welcome Home (Sanitarium) est la dispute doux-fort faite sans emprunter la flanelle de personne. Disposable Heroes et Leper Messiah visent au-dehors, la guerre et les prêcheurs. The Thing That Should Not Be avance comme quelque chose sous la glace. Puis Orion, l’instrumental, où la basse de Cliff Burton n’est pas un soutien mais une voix, une composition qui a un temps qu’il fait. Damage, Inc. claque la porte.

La peinture de couverture est de Don Brautigam, d’après une idée esquissée par le groupe et leur manager : des croix manipulées d’en haut. C’est brutal, et la musique mérite la brutalité en étant précise. Le downpicking de Hetfield est une grille. La batterie de Lars Ulrich pousse contre la grille sans la casser. Les solos de Kirk Hammett sont des événements, pas des décorations, placés là où la chanson a déjà mérité un cri. Burton est celui qui empêche la lourdeur de n’être qu’un poids. On entend un homme qui avait écouté autre chose que le metal et qui refusait de s’excuser de l’avoir apporté.

I still think Master of Puppets is our best album.

(James Hetfield)

Aucune campagne de clip n’attend à la porte. Le groupe part sur la route. Le 27 septembre 1986, en Suède, le bus de tournée a un accident près de Dörarp. Burton est tué. Il a vingt-quatre ans. Master of Puppets est le dernier album sur lequel il joue, et il est insupportable, et aussi juste, que l’instrumental au cœur du disque porte tant de son écriture. Le disque ne devient pas un éloge par magie. C’était déjà une pensée complète avant que la route le prenne. Ce que la mort a fait, c’est figer la pensée. Les formations d’après seraient puissantes. Elles ne seraient pas celle-ci.

Jouez Orion assez fort pour entendre la basse comme un lead, puis revenez à Battery et remarquez la même discipline au sprint. Cet écart, du sprint au requiem et retour, est la raison pour laquelle l’album est où il est. Pas parce que c’est la chose la plus lourde du rayon. Parce qu’il est organisé. Les mains de la pochette continuent de tirer. Les chansons acceptent d’être tirées, puis, dans les tournants que Burton a écrits, elles tirent en retour.

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