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Cars – Gary Numan

Un char que l’on verrouille de l’intérieur

Une basse de synthétiseur trace une ligne froide comme une autoroute la nuit, et la voix de Gary Numan s’y pose sans chaleur, répétant un confort qui sonne comme une règle.

Cars est enregistré en 1979 à Marcus Music, à Londres, pour The Pleasure Principle, que Numan produit lui-même, et sort en août sous son nom après les disques de Tubeway Army. Il n’y a pas de guitare. Polymoog et Minimoog portent l’harmonie, une boîte à rythmes et une batterie se partagent la pulsation, et la voix est presque conversationnelle, un homme qui explique une préférence. La préférence vient d’un après-midi précis. Bloqué dans le trafic londonien, il est pris à partie par deux hommes qui sortent de la voiture devant, donnent des coups dans la sienne, essaient de l’en extraire. Il monte sur le trottoir, disperse des piétons, s’échappe. Ensuite la voiture n’est plus un transport. C’est une armure. Le single va au numéro un en Grande-Bretagne et entre dans le top ten américain l’année suivante, une chanson-machine que les gens chantent comme une chanson d’amour, ce qu’elle n’est pas.

Il a raconté l’histoire sans la déguiser en théorie. Dans Mojo, en 2008, il décrit les hommes à la vitre, l’embardée, les piétons, et la phrase qui a suivi : il s’est mis à voir la voiture comme le char de la société moderne. Le texte est cette phrase posée sur un riff qu’il avait déjà. Here in my car I feel safest of all. Des auditeurs ont plus tard projeté la piste sur son syndrome d’Asperger, la difficulté des autres, la coque. Il a laissé la projection et gardé l’origine plus étroite. C’était une agression, puis une image. L’image se trouvait convenir à une vie.

Deux types se sont mis à regarder par la vitre et, pour une raison ou une autre, m’ont pris en grippe, alors j’ai dû m’esquiver. J’ai viré sur le trottoir, en dispersant des piétons partout. Après ça, j’ai commencé à voir la voiture comme le char de la société moderne.

(Gary Numan, Mojo, 2008)

Sur scène la chanson est un rectangle de lumière et un homme qui ne fait pas semblant d’être un frontman à l’ancienne. Il se tient là, le riff fait le salut, et le public fournit la chaleur que le disque retient. Ce marché a duré. On a utilisé le morceau pour vendre de vraies voitures, contresens avec lequel il a vécu, la ligne sur la sécurité tirée d’une chanson sur la peur. L’arrangement ne date pas comme le rock à guitares de 1979. Il était déjà au futur. Quand il y est revenu des décennies plus tard, plus dur, les guitares enfin admises, le riff n’en avait toujours pas besoin.

Ce qui reste, c’est l’honnêteté d’une petite phobie rendue immense. Numan n’a pas écrit un hymne de la route ouverte. Il a écrit une porte verrouillée avec un air. Les synthés sont le métal. La voix est la personne dedans, qui ne reçoit le monde que comme un signal, stable pendant des jours si les portes restent closes. C’est un confort solitaire, offert sans honte. Beaucoup de gens, coincés dans leur propre trafic, ont entendu leur propre char et ont chanté, contents que quelqu’un ait avoué le désir d’être enfermé, en mouvement, et laissé seul.

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