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Chic – Le sourire verrouillé du groove

Une basse qui a refusé la porte

Réveillon 1977, la porte du Studio 54. Nile Rodgers et Bernard Edwards sont sur la liste, invités par Grace Jones, et la liste n’est pas arrivée jusqu’à l’homme au cordon. On les renvoie. Sur le chemin du retour l’insulte devient un chant, et le chant, nettoyé juste assez pour être un disque, devient Le Freak. L’histoire est presque trop nette, ce qui est souvent la manière de Chic : un fait social, une ligne de basse, une guitare qui refuse de suer, et une chanson qui entre dans la culture en costume. Atlantic la sort en 1978 sur C’est Chic. Elle est numéro un. La porte qui ne s’ouvrait pas a été remplacée par un groove qui ne se ferme pas.

Rodgers et Edwards tournent l’un autour de l’autre depuis 1970, un guitariste et un bassiste qui entendent le pocket comme d’autres entendent la mélodie. Avec le batteur Tony Thompson ils cessent d’être un groupe de dépannage et deviennent un studio de design. Le premier nom, Big Apple Band, cède la place à Chic en 1976. Le premier album, Chic, arrive en 1977 avec Dance, Dance, Dance (Yowsah, Yowsah, Yowsah), des cordes selon leur propre logique, des voix qui glissent plutôt qu’elles ne supplient. Norma Jean Wright chante, puis Alfa Anderson et Luci Martin passent devant. Le look est cher. La section rythmique est le vrai luxe. La batterie de Thompson est sèche et énorme. La basse d’Edwards est une phrase sans mot inutile. La guitare de Rodgers est un instrument rythmique incapable de jouer une note laide.

I Want Your Love montre l’autre visage : une ballade qui danse encore, des harmonies empilées jusqu’à ce que le désir sonne comme du chrome. Puis Risqué en 1979, et Good Times. La ligne de basse est si inévitable que Rapper’s Delight du Sugarhill Gang bâtit un genre nouveau par-dessus. Les avocats finissent par mettre Edwards et Rodgers là où le sample les avait déjà mis : à la racine. Chic ne fait pas campagne pour être les pères du hip-hop. Le disque fait la campagne. Good Times est aussi, discrètement, une blague sur la Dépression, un texte sur le prix du plaisir écrit l’année où le plaisir coûtait le plus cher. On déclare la disco morte dans certaines parties de l’Amérique. On déclare Chic un classique.

L’organisation est plus large que le groupe. We Are Family et Lost in Music de Sister Sledge, en 1979, sont des disques de Chic sous un autre nom. diana de Diana Ross en 1980, avec Upside Down et I’m Coming Out, applique la même discipline à une autre voix, même après que le label demande un mix plus doux. Rodgers ira à Power Station avec David Bowie pour Let’s Dance en 1983, puis sur Like a Virgin de Madonna. La basse d’Edwards reste la signature même quand son nom n’est pas sur la pochette. La méthode voyage. Le groupe lui-même, après Real People et Take It Off, s’amincit au début des années quatre-vingt, non parce que le pocket a échoué, mais parce que l’industrie a décidé que le mot disco était un handicap. Les musiciens, non.

Le 18 avril 1996, à Tokyo, pendant une tournée avec Rodgers, Bernard Edwards meurt dans sa chambre d’hôtel. Il a quarante-trois ans. Les concerts continuent ce soir-là parce que c’est ce que la section rythmique a toujours fait : garder le temps quand la pièce change. Rodgers passera les décennies suivantes à être celui qu’on appelle quand on veut qu’un disque ait une colonne vertébrale. Chic se reforme autour de lui, avec de nouvelles chanteuses, les anciennes chansons, Thompson parti en 2003. Ce n’est pas un musée. C’est un atelier qui connaît encore les mesures.

La mesure a une reprise mondiale en 2013, quand Daft Punk met Rodgers sur Get Lucky et, plus parlant encore, sur Lose Yourself to Dance. La guitare n’imite pas 1978. Elle le reprend. Pharrell Williams chante. Les robots portent des casques. La part humaine du disque est une main droite qui coupe des doubles croches depuis la porte du Studio 54. Les mémoires de Rodgers et son travail avec chaque génération élevée aux samples ne font que confirmer le point. Le groove n’a jamais été une mode. C’était une technologie du plaisir.

Le culte de Chic est un culte de l’exactitude. Ils ont fait une musique de danse qu’un musicien de jazz peut jouer sans honte et qu’une foule peut danser sans mode d’emploi. Edwards verrouillait la basse sur la grosse caisse. Rodgers verrouillait la guitare sur le charleston. Thompson verrouillait tout l’immeuble au sol. Les chanteuses en faisaient une invitation plutôt qu’un schéma. C’est pourquoi les disques ouvrent encore des pièces. Le cordon a disparu. Le pocket reste.

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