Un cri visé sur une salle assise
Il entre déjà en plein cri, comme si la bande avait démarré en retard sur un homme qui travaille depuis plus longtemps que la chanson. Le groupe est serré jusqu’à la cruauté, les cuivres qui piquent, la guitare qui gratte un accord plus instruction qu’harmonie. Get Up Offa That Thing n’est pas une invitation. C’est une correction. James Brown a regardé une salle pleine de gens qui traitent le funk comme un récital, et il ne l’accepte pas. Danse jusqu’à te sentir mieux. Il avouera plus tard qu’il voulait sans doute dire jusqu’à ce que lui se sente mieux.
L’étincelle, selon son récit, est une date dans un club de Fort Lauderdale où le public était assis, faisant ce qu’il a appelé une chose sophistiquée : écouter. Il était déshydraté, déprimé, et la dépression, à ses yeux, gagnait chaque chaise. Le single sort en 1976, chez Polydor, tiré de l’album du même nom, produit par Brown, comme ses disques l’étaient : il était le tempo et le monteur. Le crédit d’écriture est allé à ses filles, Deanna Brown, Deidra Brown et Yamma Brown, une signature familiale sur un groove qui est aussi, en dessous, une histoire d’argent, de pression et du fisc dans l’année plus large. Le hook n’a pas besoin de la note. Il a besoin de corps hors des chaises. La disco apprenait aux salles à attendre le disque. Brown a répondu par un disque qui se comporte comme un chef d’orchestre qui peut vous voir.
En concert, l’ordre est littéral. Il pointe. Il attend. Le one, le fameux one, est une position morale autant qu’un décompte. Si vous êtes assis, vous discutez avec la chanson, et la chanson n’a jamais perdu cette discussion dans une salle qui faisait attention. La sophistication qu’il moquait était l’idée que le funk pouvait se consommer sans sueur. Il avait bâti une carrière sur la théorie inverse. Ce morceau est la théorie sans gants.
The audience was sitting down, trying to do a sophisticated thing, listening to funk. I yelled, get up offa that thing and dance til you feel better. I probably meant until I felt better.
(James Brown, The Godfather of Soul)
La place du disque en 1976 est une bagarre avec une culture de danse qui avait appris à être lisse. Brown entendait le lisse comme un vol de la pression qu’il avait passé une décennie à relâcher. Le morceau s’ouvre comme un homme qui annonce qu’il est de retour, ce qui est à la fois du spectacle et une vraie revendication : le Parrain n’allait pas devenir un sample avant d’avoir fini d’être une présence. Le crédit des filles est un fait étrange et tendre sur une chanson aussi autoritaire. Le patron crie encore. La paperasse se souvient de la maison.
Ce qui reste, c’est l’ordre, encore utile, encore un peu drôle, encore pas une métaphore. Get Up Offa That Thing se moque de votre concept de l’écoute. Il s’occupe de vos genoux. Dans un siècle de chansons sur la liberté, celle-ci définit la liberté comme le fait de se lever quand un homme rauque en cape vous dit que la chaise est une sorte de défaite. On peut être en désaccord. On le sera debout, si le disque est assez fort. Il l’est d’habitude.