Une blague camp qu’un prêtre a prise au sérieux
Une cathédrale de synthés s’ouvre comme une messe remixée pour un club, le latin déjà en train de marmonner dessous, et la voix de Neil Tennant entre en regardant en arrière, déjà honteuse, déjà contente de le dire.
It’s a Sin est écrite par Tennant et Chris Lowe pour Actually, produite par Julian Mendelsohn, et sort en juin 1987. Elle va au numéro un en Grande-Bretagne. Le texte est l’inventaire de culpabilité d’un écolier, St Cuthbert’s à Newcastle, des prêtres et des nonnes catholiques, la leçon que désirer était déjà l’offense. À la fin Tennant chante le Confiteor, l’ancienne confession, mea culpa, dans le latin qu’il avait appris enfant de chœur. Derek Jarman réalise la vidéo, flammes, jugement, un bel accusé. Jonathan King a prétendu que la mélodie était volée à Cat Stevens et a perdu l’argument au tribunal. La chanson n’avait pas besoin du procès pour être retenue. Elle avait besoin du refrain, qui est un marteau.
Tennant a soutenu, avec un visage sérieux qui est peut-être la blague, qu’il l’avait écrite en un quart d’heure et qu’il la voulait camp. Les gens l’ont prise au sérieux quand même. Un curé de Newcastle a prêché dessus. Le sérieux est dans le disque, que l’auteur l’ait prévu ou non. L’arrangement de Lowe est énorme exprès, fête foraine et chapelle à la fois, et la voix de Tennant reste presque conversationnelle dans la tempête, le tour des Pet Shop Boys : une grande salle, une phrase précise. Y penser, lui avait dit l’Église, était aussi grave que le faire. Il a mis cette phrase dans une chanson sur laquelle on peut danser, ce qui est une théologie en soi.
La chanson a été écrite en une quinzaine de minutes, et elle était conçue comme une blague camp, et ce n’était pas quelque chose que je prenais consciemment très au sérieux.
(Neil Tennant, The Atlantic, 2009)
En concert, la piste est une procession. La salle chante le titre comme une absolution et comme une accusation, et le groupe, deux hommes et une montagne de séquenceurs, les laisse faire. Elle a habité des films, une série qui a emprunté le nom, des nuits de Pride où la blague et la blessure sont la même danse. Tennant, plus âgé, a dit qu’il se demande s’il n’y avait pas plus dedans qu’il ne le pensait. La bande ne se demande pas. Elle est fastueuse, drôle et furieuse, un homme remerciant ses professeurs pour une culpabilité qu’ils n’ont pas tout à fait réussi à installer, et les remerciant d’une voix qui connaît encore le plain-chant.
Ce qui reste, c’est le double tranchant du rire. Le camp, dans cette chanson, n’est pas une fuite du sujet. C’est la façon dont le sujet pouvait se dire en public en 1987 sans demander la permission. Tout ce que je désire faire, chante-t-il, a une chose en commun. Le refrain répond avant vous. Le latin de la fin n’est pas un décor. C’est l’école encore dans la bouche, récitée correctement, puis rendue. Une blague d’un quart d’heure, si ce n’était que cela, a duré plus longtemps que la leçon.