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Lovely Day – Bill Withers

Dix-huit secondes de lumière ordinaire

Le groove est modeste, une poche de la fin des années soixante-dix qui ne supplie pas qu’on la remarque, puis Bill Withers ouvre la bouche et la pièce change de température. Il ne pousse pas. Il rapporte une journée. Du soleil dans le ciel, pas de nuages, une voix qui sonne comme un homme qui a décidé de ne pas compliquer une bonne chose. Lovely Day, tirée de Menagerie en 1977, est une soul au volume d’une cuisine. La note célèbre, tenue quelque chose comme dix-huit secondes vers la fin, n’est pas un exploit annoncé d’avance. C’est le jour qui refuse de finir à l’heure, et le groupe a la politesse de le laisser.

Il l’écrit avec Skip Scarborough, une mélodie qui s’assoit là où un chanteur peut vivre plutôt que là où un chanteur peut se montrer, jusqu’au dernier tronçon, où vivre et se montrer deviennent le même acte. L’album se fait à Los Angeles, Clarence McDonald parmi les producteurs qui façonnent un Withers plus doux, plus large, que la sévérité du début des années soixante-dix de Still Bill. La batterie est polie. Les claviers luisent. Rien dans l’arrangement ne concurrence la voix, ce qui est la bonne décision, parce que la voix fait le temps. Le single fait un travail de classement respectable puis, au fil des années, devient la chanson que les gens prennent quand ils veulent un optimisme qui a fait une journée de travail, pas un optimisme qui n’est jamais sorti de la maison.

Ce qu’il comprenait, et disait de la façon nette dont il disait la plupart des choses, c’est qu’une bonne journée est un sujet suffisant. Il n’était pas un virtuose qui vendait la difficulté. C’était un auteur qui avait été un travailleur, et les chansons gardaient le respect du travailleur pour les choses qui fonctionnent. La note longue fonctionne. Elle est juste, elle est calme, elle ne vacille pas dans le drame. Sur scène il pouvait la tenir et sourire, la foule qui compte, le sourire étant le sujet. La version de studio est plus sèche et donc plus impressionnante. On entend le souffle géré, pas joué. Un chanteur moindre en aurait fait un cirque. Lui en fait midi.

Skip était comme ça : chaque jour était simplement un beau jour. C’était un optimiste.

(Bill Withers, entretien Songfacts)

Le morceau a été rejoué, samplé, mis sous des images de villes qui se réveillent, et il n’a pas caillé. C’est parce que le texte ne prétend pas que le jour est beau pour tout le monde, seulement que celui-ci, pour cette voix, l’est. La modestie est l’éthique. Menagerie n’est pas son album le plus sévère. Cette chanson est la raison pour laquelle on l’ouvre encore. Ceux qui ne connaissent que la note manquent les couplets, qui sont le vrai cadeau : une liste de lumière ordinaire, chantée par un homme qui n’a pas besoin que la liste soit de la poésie.

Ce qui reste, c’est la tenue, et la décision d’avant la tenue. Lovely Day commence petit pour que la note longue veuille dire quelque chose. Elle veut dire que le jour a continué. Withers le laisse, puis le lâche, et le groove, décent jusqu’au bout, ne s’applaudit pas. Certains hymnes exigent que vous alliez mieux. Celui-ci remarque que vous pourriez, et reste.

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