Sept minutes sur l’album, la moitié quand Tamla a cillé
As est sur le second disque de Songs in the Key of Life, le double album Tamla du 28 septembre 1976, après que les singles I Wish et Sir Duke ont déjà fait le travail des charts. Wonder le produit et le chante. Il ne le joue pas seul. Herbie Hancock est sur un second Fender Rhodes, en double de celui de Wonder, avec des claps dans le vamp. Nathan Watts joue la basse. Dean Parks la guitare. Gerry Brown la batterie. Mary Lee Whitney et Yolanda Simmons chantent derrière lui. La prise d’album dure 7:08.
La première moitié est une liste qui se comporte comme un serment. Tant qu’il y a le soleil, une rose en mai, une personne encore debout, l’amour du morceau tient. L’harmonie est du gospel à tempo de disco, Rhodes sur Rhodes, Watts qui cale la basse sur la grosse caisse de Brown. Puis Wonder baisse la voix dans un rauque et le texte cesse de décrire pour ordonner : change tes mots en vérité, puis cette vérité en amour, et peut-être que les petits-enfants le raconteront. Le rauque est le sujet. Il ne décore pas le refrain. Il change de métier, de chanteur à celui qui parle devant l’église, puis le long vamp sur « hey » porte les deux dernières minutes, comme Hey Jude a appris aux tubes à refuser une fin.
Tamla attend. I Wish est le premier single, en novembre 1976. Sir Duke suit et fait aussi numéro un. Another Star arrive à l’été 1977. As est le dernier single, octobre 1977, avec Contusion en face B. L’edit du 45 tours dure 3:27. Il coupe le pont gospel et la longue coda, donc il coupe la raison pour laquelle la prise d’album dure sept minutes. Cet edit atteint la 36e place du Billboard Hot 100 et du chart soul, et la 24e en easy listening. Honorable, et un morceau plus petit.
La ligne Spotify qui dit « edit », c’est cette version radio. La pièce que Wonder a finie en 1976 est la longue. Le Rhodes de Hancock est le détail qui empêche le morceau d’être une vitrine solo : deux claviéristes, tous deux célèbres pour d’autres groupes, d’accord sur un scintillement plutôt que sur un duel de solos. La guitare de Parks reste dans le rythme. Brown ne presse pas le backbeat quand le chant devient un sermon.
Change your words into truth and then change that truth into love.
(Stevie Wonder, le pont d’As, 1976)

En 1979, Kimiko Kasai le réenregistre avec Hancock, sur son album Butterfly. Cette reprise est la suite utile : le même pianiste, une autre chanteuse, l’harmonie tirée vers le jazz. La version plus tardive de George Michael et Mary J. Blige a montré que le morceau pouvait porter un duo. Ni l’une ni l’autre ne remplace la prise de 1976, où les minutes absentes de l’edit sont celles qui changent la température.
Écoutez la durée d’album. Le premier refrain est la promesse. Le pont est l’exigence. Le fondu, c’est Hancock et Wonder encore au Rhodes pendant que les claps tiennent le temps. Tamla pouvait vendre trois minutes et demie. Le disque que Wonder a sorti est celui qui ne s’arrête pas quand la radio le ferait.