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A Forest – The Cure

Courir vers rien, encore

La basse trouve le chemin avant qu’on le lui demande. Simon Gallup joue une ligne qui semble connaître les arbres, répétitive, froide, impossible à perdre et impossible à fuir. La guitare de Robert Smith clignote plus qu’elle ne mène. La batterie de Lol Tolhurst tient un mouvement sec, vers l’avant, et les claviers de Matthieu Hartley suspendent une brume qui ne devient jamais un temps qu’on peut nommer. A Forest, tirée de Seventeen Seconds en 1980, est une poursuite dont la fille est déjà partie. Come closer and see. L’invitation est le piège.

Smith et Mike Hedges produisent l’album aux Morgan Studios de Londres, la nouvelle formation encore fraîche, Gallup à la place de Michael Dempsey, Hartley aux claviers. La chanson était déjà dans le set avant le disque. Sur bande elle devient le centre d’un album court et sévère, le moment où le groupe cesse de sonner comme un groupe de pop aiguisée aux manières gothiques et commence à sonner comme lui-même. La voix de Smith est proche et sans théâtre. Il court. La fille n’a jamais été là. La forêt ne moralise pas. Elle échoue simplement à finir. Le single entre dans le top quarante britannique, leur premier, un chiffre modeste pour un morceau qui allait survivre à presque tout ce qui était plus fort cette année-là.

Il l’a décrit, dans le fanzine du groupe, comme un rêve d’enfance, un cauchemar, devenu vrai avec l’adolescence. Il a aussi, à d’autres moments, haussé les épaules et dit que c’est juste une forêt. Les deux peuvent être vrais d’un texte aussi dépouillé. La version du rêve explique la panique. La version simple explique la méthode : nommer le lieu, y entrer, ne pas décorer. En concert, la chanson s’est allongée, la basse une route, la fin retardée jusqu’à ce que la salle ait mérité le noir. La prise de studio est la peur la plus nette, moins de cinq minutes à se perdre exprès.

Un rêve d’enfance, un cauchemar, devenu vrai avec l’adolescence.

(Robert Smith, Cure News, 1989)

Elle est devenue la chanson de Cure qu’ils ne pouvaient pas mettre à la retraite, jouée dans des tournées qui appartenaient autrement à des albums plus tardifs, plus clairs ou plus sombres. Le public crie le titre comme si c’était un ami. Le disque n’offre pas l’amitié. Il offre la sensation des branches qui se ferment, et une voix qui garde le même pas quand même. Seventeen Seconds est souvent appelé leur premier vrai album par ceux qui veulent un commencement. Si c’est le cas, ceci est la porte, et elle ne s’ouvre pas sur un jardin.

Ce qui reste, c’est la ligne de Gallup, encore le chemin le plus sûr et la prison la plus sûre. Smith courant vers rien, encore et encore, n’est pas un slogan. C’est une indication de scène que le groupe a obéie pendant des décennies. A Forest n’a pas besoin d’un monstre. L’absence suffit, et la basse vous y ramènera chaque fois que vous serez assez fou pour appuyer sur lecture.

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